Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/329

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tion convenable. La bonne vieille a reçu la somme en bons dollars, n’entendant rien au papier ; et je n’étais pas dans la maison, de dix minutes, qu’elle avait tiré un bas du fond d’une armoire, et qu’elle se mettait à compter les pièces pour me rembourser. Vous voyez, Miles, que vous n’êtes pas le seul qui soit rentré dans son bien. Quant à votre offre de me tenir compte de ma paye pour toute la durée de notre dernier voyage, bien obligé ! C’est une proposition qui vous fait honneur, et on n’est guère accoutumé à des procédés semblables par le temps qui court ; mais je n’accepterai rien. Quand un bâtiment se perd, la paye est perdue avec lui ; c’est la loi, c’est la raison qui le dit. Il serait dur pour un armateur d’avoir à payer pour de la besogne faite à bord d’un bâtiment qui est au fond de la mer. Ainsi donc, n’en parlons plus. C’est un point réglé.

« Je suis ravi d’apprendre que votre mariage aura lieu dès que vous serez de retour à Clawbonny. Si j’étais à votre place, et qu’une si jolie fille m’attendît au port, je ne resterais pas longtemps au large. Merci du fond du cœur pour l’invitation que vous me faites d’être premier garçon de noce ; c’est un honneur, mon cher Miles, que j’apprécie vivement. Un mot seulement, je vous prie, sur le gréement qui convient à la circonstance, car je voudrais être comme les autres. Une noce est une noce, et il faut que rien n’y manque. En attendant, je reste votre ami, et votre vieux lieutenant pour vous servir.

« Moïse Van Duzer Marbre. »


Je n’affirme pas que, dans l’original, l’orthographe fût irréprochable ; mais l’écriture était lisible, et elle dut coûter beaucoup de peine à Marbre. Quant aux lettres de Lucie, je m’abstiens d’en transcrire aucune. Elles respiraient toute la candeur, toute la franchise, toute la tendresse de son âme. Ce fut dans cette délicieuse correspondance que tous les arrangements qui concernaient notre mariage furent réglés. Il devait se célébrer dans l’église de Saint-Michel. J’irais la prendre au presbytère, et, au sortir de l’église, nous nous rendrions à Clawbonny. Elle avait invité Rupert et Émilie ; mais la santé de cette dernière les empêcherait de se rendre à l’invitation. Le major, ou le général Merton, comme on l’appelait universellement à New-York, avait la goutte, et ne pourrait venir. On me demandait si, dans ces circonstances, il ne serait pas à propos