Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/33

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crus que mon enfant était mort effectivement ; puis alors le cri involontaire de la conscience me révéla la vérité. La malheureuse n’eut pas le courage d’emporter avec elle son secret dans la tombe ; elle me fit appeler et me révéla tout.

— Qu’elle avait déposé l’enfant dans un panier, sur une pierre tumulaire, dans un atelier de marbrier, à New-York ? dis-je avec toute la rapidité dont j’étais capable.

— Oui vraiment ! Comment un étranger peut-il connaître si bien tous ces détails ? qu’est-ce que la Providence me réserve encore ?

Marbre poussa un profond soupir. Il se cacha la figure dans les deux mains, pendant que la pauvre femme nous regardait alternativement l’un et l’autre, dans l’attente de ce qui allait suivre. Je ne pouvais la laisser plus longtemps dans l’incertitude ; mais, la préparant par degrés, je lui appris que l’homme qui était devant elle était son fils. Après un demi-siècle de séparation, la mère et l’enfant se trouvaient ainsi réunis par l’intervention d’une incrustable Providence ! Le lecteur se figure aisément les explications qui suivirent. Toutes les circonstances se rapportaient trop exactement pour qu’il pût rester l’ombre même d’un doute. Mistress Wetmore, à l’aide des renseignements fournis par la nourrice infidèle, avait pu suivre la trace de son enfant jusqu’à la maison de charité ; mais elle n’avait pu savoir sous quel nom il en était sorti. La révolution finissait au moment où elle prit ses informations, et il paraît que quelques registres s’étaient égarés. Cependant on interrogea de tous les côtés ; on rapprocha les renseignements et les conjectures ; le mari et la femme n’épargnèrent ni l’argent ni les démarches. Tout fut longtemps inutile. Enfin on découvrit une vieille surveillante qui prétendait savoir toute histoire de l’enfant apporté de l’atelier d’un marbrier. Cette femme sans doute était honnête, mais sa mémoire l’avait trompée. Elle dit que l’enfant avait été appelé Pierre, au lieu de Marbre, méprise assez naturelle, d’autant plus qu’un enfant de ce nom avait quitté la maison peu de mois auparavant. On se mit à la piste de ce Pierre. Il avait été d’abord placé comme apprenti chez un marchand ; puis il était entré dans un régiment d’infanterie de l’armée britannique, qui avait accompagné le reste des troupes, lors de l’évacuation, le 25 novembre 1783.

Les Wetmore s’imaginèrent que pour le coup ils étaient sur la trace de leur enfant ; il était infailliblement en Angleterre, portant