Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/351

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moins votre femme, et vous devez lui rester aussi étroitement attachée que la toile à la vergue. Prenez votre maître pour exemple, et voyez comme il aime votre maîtresse — dans ce moment Lucie se serra doucement contre moi ; — et ensuite, quant à vos enfants, prenez pour les élever les avis de madame Wallingford. Vous ne pouvez avoir de meilleur pilote, je le sais par expérience. Tâchez de guérir votre petit polisson d’Hector de cette manie qu’il a de jurer à tout propos. Quand on commence de cette manière, ou va loin ; il faut y mettre ordre. Parlez-lui d’abord, et si cela ne suffit pas, essayez d’un bout de corde. Il n’y a rien de plus efficace avec les enfants. Pour vous, Neb, restez toujours le même, mon garçon, et le Seigneur aura pitié de vous avant la fin de la traversée.

Marbre fut oblige de s’arrêter ; mais il fit signe à Neb de ne pas s’éloigner, parce qu’il n’avait pas fini. Après un moment de repos, il chercha sous son oreiller, en tira une vieille tabatière, tâtonna jusqu’à ce qu’il eût réussi à l’ouvrir, prit un peu de tabac et referma la boîte. Tout cela fut fait très-lentement et avec les mouvements faibles et incertains d’un mourant. Quand le couvercle fut refermé, Marbre présenta la boîte à Neb.

— Servez-vous-en, reprit-il, en souvenir de moi. Elle est pleine d’excellent tabac, et voilà trente ans qu’elle m’accompagne dans tous mes voyages ; elle a été à neuf combats, à sept naufrages ; elle a fait quatre fois le tour du monde, sans parler de ce qu’elle a passé le détroit de Magellan dans les ténèbres, comme vous et votre maître vous le savez aussi bien que moi. Prenez cette boîte, mon garçon, et ayez soin de ne jamais y mettre que du tabac de première qualité, elle n’en a jamais contenu d’autre. À présent, j’aurais à vous demander de me rendre un petit service, quand vous serez rentré au port. Ce serait, après en avoir demandé la permission à votre maître, d’aller à Willow Cove porter ma bénédiction à Kitty et à ses enfants. La chose n’est point difficile, pourvu qu’on y apporte les dispositions convenables. Tout ce que vous avez à faire, c’est de leur dire qu’avant de mourir j’ai prié Dieu de les bénir tous. Pensez-vous que vous pourrez retenir cela ?

— Moi essayer, capitaine Marbre, moi essayer, quoique moi pas savant du tout.

— Peut-être feriez-vous mieux de me charger de ce soin, dit ma femme avec sa voix touchante.