Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/352

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— Je n’aurais pas voulu vous donner cette peine, répondit Marbre avec émotion, mais j’accepte et je vous remercie. Eh bien, Neb, puisque votre maîtresse est si bonne, vous n’avez plus à vous occuper de la bénédiction — attendez un peu ; vous n’avez qu’à la donner à Chloé et à sa petite famille, sauf Hector, bien entendu, à moins qu’il ne promette de ne plus jurer ; auquel cas vous lui donnerez aussi sa part. À présent, Neb, donnez-moi votre main. Adieu, mon camarade. Votre attachement pour moi ne s’est jamais démenti, et Dieu vous en récompensera. Vous n’êtes qu’un nègre, je le sais ; mais il y a quelqu’un aux yeux de qui votre âme est aussi précieuse que celle de tous les potentats du monde.

Neb échangea une poignée de mains avec son vieux commandant, puis il sortit précipitamment pour pouvoir donner un libre cours à ses sanglots. Pendant ce temps Marbre, ému des démonstrations touchantes du nègre, attendit un moment pour reprendre son sang-froid. Dès qu’il se sentit un peu plus calme, il se mit à chercher sur son hamac jusqu’à ce qu’il eût trouvé deux petites boîtes contenant chacune une très-jolie bague, qu’il avait sans doute achetée exprès avant de quitter le port. Il les donna à mes filles, qui les reçurent les larmes aux yeux, et en témoignant, par l’expression naïve de tous leurs traits, à quel point elles étaient sensibles à cette attention de leur vieil ami.

— Votre père et moi, nous avons subi ensemble bien des traverses et bien des épreuves, leur dit-il, et je vous aime tous plus que je n’aime mes propres parents. C’est peut-être mal, madame Wallingford ; mais je ne puis m’en empêcher. J’ai déjà fait mes petits présents à vos frères et à vos parents ; j’espère que vous penserez tous quelquefois au vieux loup de mer que Dieu, dans sa merci, a jeté sur votre chemin pour qu’il s’amendât dans votre société. Jeunes filles, voilà votre étoile polaire ! ajouta-t-il en montrant ma femme. Ayez toujours Dieu présent à l’esprit, et donnez la seconde place dans votre cœur à votre digne et vertueuse mère. Ce n’est pas que j’aie rien à dire contre votre père, qui est le meilleur des hommes aussi, lui ; mais, après tout, c’est sur leur mère que les jeunes personnes doivent se modeler, quand elles ont le bonheur d’en avoir une comme la vôtre, parce que, en fait de gentillesse, d’amabilité et de vertus de tout genre, le meilleur père n’y entend pas grand-chose.