Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/353

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Marbre prit alors solennellement congé de tous mes enfants, et il demanda qu’on le laissât seul avec Lucie et moi. Une heure se passa en entretiens graves entre nous, et Moïse me recommande à plusieurs reprises de prêter l’oreille aux pieuses exhortations de ma femme, car il manifestait la plus tendre sollicitude pour mes intérêts spirituels.

— Je n’ai pas cessé pendant cette traversée de généraliser à part moi sur cette affaire de l’Échalas, ajouta-t-il, et je crains bien que ma conduite en cette occasion n’ait pas été des plus orthodoxes. Madame Wallingford m’a pourtant rassuré en me disant que l’amour du Sauveur couvrirait cela avec mes autres fautes. Ainsi donc, je suis résigné à partir, Miles, et il en est temps ; car je ne suis plus bon à rien. Quand le bâtiment fait eau de tous côtés, il ne faut plus songer à le remettre à flot. J’avoue, Miles, mon cher garçon ; — car pour moi vous n’avez toujours que vingt ans, — j’avoue que c’est une rude épreuve de vous quitter ; mais, pour prendre courage, il faut regarder de l’avant. Suivez les recommandations de votre femme ; et, au bout du voyage, nous nous retrouverons tous ensemble dans le même port.

— Je suis heureux, Moïse, de vous voir dans de pareilles dispositions. Et cet avenir, dont vous nous parlez, nous l’entrevoyons tous avec joie. Oui, comme vous le dites très-bien, Dieu a le pouvoir et la volonté de nous soulager du poids de nos fautes, quand il nous voit disposés à la pénitence et prêts à recourir à la médiation de son fils bien-aimé. À présent, si vous avez quelque désir à former, quelques instructions à me donner, je vous prie de me les faire connaître.

— J’ai fait un testament, Miles, et vous le trouverez dans mon pupitre. Sauf quelques misères que je vous donne à vous et aux vôtres, puisque vous n’avez pas besoin d’argent, toute ma petite fortune est pour Kitty et pour ses enfants. Il est un point qui me tracasse, et sur lequel je voudrais avoir votre avis. Ne croyez-vous pas qu’il est plus convenable pour un marin d’être enseveli dans la mer, que d’être claquemuré dans un cimetière ? Je n’aime pas les pierres tumulaires ; j’en ai eu assez comme cela dans mon enfance, et il me faut de l’espace. Qu’en pensez-vous, Miles ?

— Prononcez. Vos désirs seront une loi pour nous.

— Eh bien ! alors, roulez-moi dans mon hamac, et jetez-moi par-dessus bord à l’ancienne manière. Je me suis dit quelquefois que je