Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/46

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avoir une légère teinture de la loi qui régissait les immeubles, ni de la manière dont les choses se passaient dans la Cour de la Chancellerie, celui de tous les tribunaux où l’on recherchait avec le plus de soin la vérité. Une idée heureuse se présenta tout à coup à mon esprit, et je m’en servis sur-le-champ.

— Je conçois, Monsieur, répondis-je, qu’un juge prudent hésite à s’en rapporter au simple témoignage de mistress Wetmore attestant qu’elle a entendu dire à son mari qu’il avait payé l’argent ; mais rappelez-vous qu’elle peut déférer le serment à la partie adverse. Et je crois que nous tous nous serions mieux édifiés dans cette affaire si vous prêtiez serment que la somme n’a jamais été payée.

Le coup porta. Depuis ce moment, je n’eus pas le moindre doute que Wetmore n’eût versé l’argent, et que Van Tassel ne se le rappelât parfaitement. Je le lisais dans la figure altérée de l’usurier et dans son regard détourné. Si ce n’était pas une preuve suffisante pour une cour de justice, c’était assez du moins pour activer mon zèle et me décider à prendre sérieusement en mains cette affaire. J’attendis la réponse de Van Tassel, en épiant ses moindres mouvements avec une attention qui, évidemment, l’embarrassait beaucoup.

— Catherine Wetmore et moi, dit-il, nous demeurions porte à porte dans notre enfance, et cette malheureuse hypothèque m’a causé plus d’ennui que tout le reste de mes petites propriétés. J’y ai mis tous les ménagements possibles, et j’ai attendu bien longtemps sans faire valoir mes droits. Mais que faire ? Après vingt ans, il y aurait présomption de paiement, et je ne pourrais plus rien réclamer. Néanmoins, nous sommes des amis d’enfance, comme je vous le disais, et plutôt que de pousser les choses à l’extrême, je consentirais volontiers à une sorte de compromis.

— Et, dans vos idées de justice, monsieur Van Tassel, quelles seraient les bases de ce compromis ?

— Écoutez, Monsieur : Catherine est vieille, et il serait vraiment cruel de lui faire quitter le toit sous lequel elle est née. Je l’ai toujours pensé, et je le dis avec conviction aujourd’hui. Pourtant je ne puis renoncer à ce qui m’appartient sans compensation, quoique je sois tout disposé à attendre. J’ai dit à mistress Wetmore, avant d’afficher la vente, que si elle voulait signer une nouvelle obligation, qui comprendrait tous les intérêts dus, je serais prêt à lui accorder