Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/132

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tisme, en trahissant le fils de son maître. Le lecteur ne suppose pas que Joël eût l’intention d’agir ouvertement ; loin de là, son plan était de rester en arrière, tout en attirant l’attention sur le prétendu loyalisme du capitaine et sur son attachement à lui Joël pour les colonies.

Il est à peine nécessaire de dire que ce plan échoua à cause du nouveau chemin que prit Nick. Pendant que Joël et le meunier logeaient dans une auberge hollandaise, à quinze ou vingt milles de Schenectady, en attendant que les deux autres voyageurs descendissent la vallée de la Mohawk, Robert Willoughby et son guide traversaient l’Hudson avec une sécurité momentanée. Après être resté à son poste jusqu’à ce qu’il lui fût bien prouvé que la proie lui avait échappé, Joël, accompagné de son ami, retourna à la colonie. L’inspecteur avait profité de l’occasion pour prendre une connaissance plus positive de l’état du pays, pour ouvrir des communications avec certains patriotes d’une valeur morale égale à la sienne, mais d’une plus grande influence pour lancer des insinuations secrètes sur le capitaine et pour spéculer sur les propriétés. Mais la poire n’était pas encore mûre, et tout ce qu’on pouvait faire en ce moment, c’était de débarrasser le chemin pour l’avenir.

Cependant Evert Beekman, ayant rassuré sa charmante femme, commença, quoique avec tristesse, à songer à ses devoirs politiques. Il devait avoir un régiment dans les nouvelles levées, et Beulah se promettait de se séparer de lui avec une apparente résignation. C’était en vérité un curieux spectacle de voir comment les deux sœurs laissaient entraîner leurs pensées et leurs désirs, en matière politique, par le sentiment qui domine si facilement les femmes. Maud était fortement disposée à soutenir la cause royale, et la jeune épouse inclinait pour celle dans laquelle son mari était enrôlé, cœur et bras.

Le capitaine Willoughby s’occupait peu de la politique, mais le mariage de Beulah eut sur lui une puissante influence, en continuant à pousser son esprit dans la direction qu’il avait prise après la mémorable discussion avec le chapelain. Le colonel Beekman était un homme d’un grand sens, quoique n’ayant pas de brillants dehors, et ses arguments étaient si clairs qu’ils avaient plus de poids que ceux des violents partisans de cette époque. Beulah s’imaginait qu’il était un Solon pour la sagacité,