Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/184

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— Il y a quelque chose qui remue à notre gauche, lui dit-il tout bas, là, au-dessous de l’enclos.

— Notre vie rurale ne t’est plus familière, Bob, répondit le père, car tu aurais reconnu que c’est une vache. C’est notre vieille vache blanche. Mais la voilà avec nous dans le petit défilé, à la portée de la main. Il n’y a pas de plus doux animal dans l’établissement. Par Jupiter ! cette vache a été traite. Il est certain qu’aucun de nos gens n’a quitté la maison depuis la première alarme. Ce fait nous annonce de mauvais voisins.

Le major ne répondit pas, mais il tâta ses armes pour vérifier si elles étaient en état de lui servir immédiatement. Après quelques instants d’attente, ils continuèrent leur marche avec plus de précaution encore. Pas un mot ne fut proféré ; ils entrèrent dans le verger, puis dans la forêt. Ils arrivèrent bientôt à une cabane, elle était vide. Il n’y avait dans le foyer que des cendres chaudes. C’était l’habitation de celui qui était chargé de soigner les chevaux ; derrière étaient les écuries. Le capitaine Willoughby était un homme prévoyant et bon, et il pensa qu’on pouvait faire entrer ces animaux dans un champ tout près, où il y avait non-seulement un riche pâturage, mais une eau courante et limpide. Le seul danger à craindre était les mouvements brusques des chevaux, qui n’étaient pas accoutumés à rester si longtemps enfermés, et qui devaient être impatients de sortir.

Le major ouvrit la porte du champ, et s’arrêta pour faire prendre aux animaux la direction convenue, tandis que son père entrait dans l’écurie pour les détacher. Le premier sortit avec calme ; c’était un vieux cheval, dont les fatigues du labourage avaient ralenti l’ardeur, et le major le dirigea aisément dans le champ. Celui qui vint ensuite ne fut pas aussi facile à mener ; c’était un poulain qu’on dressait pour le capitaine. Dès qu’il se sentit en liberté il se précipita dans la cour, puis bientôt dans le champ, autour duquel il galopa jusqu’à ce qu’il eût trouvé de l’eau. Les autres imitèrent ce mauvais exemple. Le bruit des sabots qui foulaient un épais gazon retentit cependant assez dans le silence de la nuit pour être entendu de l’autre côté de la vallée. Le capitaine rejoignit son fils.

— Cette bonne action a été faite un peu maladroitement, Bob, dit-il en reprenant sa carabine. Une oreille indienne ne manquera pas d’entendre les piétinements des chevaux.