Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/194

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


éprouvé les mêmes sentiments d’amour. Et puis, pour Maud, un ordre de sa mère était une loi, et il n’y avait rien en elle qui pût l’empêcher de contribuer au bonheur de Bob.

Sa présence fut un grand soulagement pour le jeune homme, qu’elle trouva dans la bibliothèque. Mike et les deux Plines étaient postés en sentinelle pour prévenir l’arrivée des importuns. Robert ne pouvait avoir des rapports avec son père que par le moyen des messages, et le côté qu’il occupait ne communiquait qu’avec la cour, excepté par une seule porte près de l’office devant laquelle O’Hearn était en faction.

— Que vous êtes bonne, ma très-chère Maud ! s’écria le jeune homme en prenant la main de la visiteuse et la pressant dans les deux siennes, mais sans embrasser la jeune fille comme il l’aurait certainement fait si c’eût été Beulah ; que vous êtes bonne ! Je vais pouvoir apprendre quelque chose de l’état de la famille. Ma mère est-elle tranquille ?

Ce fut peut-être une retenue naturelle, ou même une coquetterie dont elle-même ne se rendit pas compte, qui dicta la réponse de Maud. Elle ne savait pourquoi, et cependant elle tenait à ce que Robert comprît qu’elle n’était pas venue de son propre mouvement.

— Ma mère est bien, et ne s’alarme nullement, dit-elle. Elle et Beulah sont occupées du petit Evert, qui chante et s’agite joyeusement comme s’il méprisait le danger, ainsi qu’il convient au fils d’un soldat. Moi-même, je m’en suis beaucoup amusée, quoique l’on m’accuse d’être insensible à ses perfections. Pensant que vous étiez solitaire et que vous pouviez souhaiter de communiquer avec quelqu’un de nous, ma mère a désiré que je vinsse vers vous.

— Les ordres de ma mère étaient donc nécessaires pour vous porter à venir me consoler, Maud ?

— C’est là une réflexion que je n’ai pas faite, Bob, répondit Maud en rougissant légèrement, mais avec un sourire qui ôtait tout ce que ses paroles mêmes avaient de piquant ; des jeunes filles peuvent se livrer à de plus convenables occupations, je crois.

— Vous admettrez que je vous ai conduit avec adresse dans la Hutte, hier soir, et actuellement c’est assez de ce service. Mais ma mère m’a dit que nous avions des causes de mécontentement contre vous, pour avoir si étourdiment quitté l’endroit sûr où vous aviez été amené et vous être hasardé dans la vallée avec l’imprudence d’un enfant.