Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/196

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capitaine Willoughby, sir Hugh Willoughby, comme l’appellent les Anglais.

— Mais ceux des Indiens gagnés par les Américains ne pourraient-ils pas venir nous attaquer ?

— Je ne le pense pas : c’est l’intérêt des rebelles d’empêcher, au contraire, les sauvages de se mêler à la querelle ; leur manière de faire la guerre plairait peu aux Américains.

— Et cela aurait-il dû plaire aux généraux du roi ou aux ministres, Bob ?

— Peut-être pas, Maud. Je connais assez la politique et la guerre pour savoir que l’on considère les résultats plus que les principes. L’honneur, la chevalerie, l’humanité, la vertu et la droiture, sont hardiment employés en paroles, mais ces grands mots produisent rarement autant d’influence sur les faits. La victoire est la fin qu’on se propose, et les moyens varient selon les circonstances.

— Et où est donc tout ce que nous avons lu ensemble ? oui, ensemble, Bob ; car je vous dois d’avoir dirigé mes études. Où est donc tout ce que nous avons lu sur la gloire et la droiture du nom anglais et de la cause anglaise ?

— Je ne sais qu’en penser, Maud, quand je vois que la gloire et la droiture de la cause et du nom américain seront vantées dès que cette nouvelle nation aura hardiment brisé les liens qui l’attachent au roi et détruit sa moralité publique.

— Vous êtes engagé dans une mauvaise cause, major Willoughby, et le plus tôt que vous l’abandonnerez sera le meilleur.

— Je le ferais à la minute, si je savais où trouver mieux. Remarquez cela, ma chère Maud, toutes les causes sont semblables à celle-ci ; d’un côté on emploie des instruments comme les Anglais emploient les sauvages, et l’autre côté trouve son intérêt à désapprouver un tel acte. Chacun croit à la bonté de sa cause ; vous et moi nous pensons qu’il est bien, ma chère Maud, de défendre les droits de notre souverain ; Beulah ne juge pas en cela comme nous.

— Beulah écoute son cœur, peut-être, comme font toutes les femmes, dit-on. Quant à moi, je suis libre de suivre ma propre opinion.

— On dit que vous épousez la cause du roi, Maud ?

— Ah ! je suis bien capable de me laisser influencer par les notions d’un certain capitaine Willoughby et de Wilhelmina, sa