Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/217

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sions la raison de ses mouvements, il nous en aurait déjà instruits, comme il le fait, vous le savez, quand il est nécessaire. C’est un drapeau qu’on porte vers le camp ennemi, vous voyez, et si une trêve s’ensuit, nous pourrons mettre les mousquets de côté et reprendre la direction de la charrue. Serait-ce une capitulation ? Je connais trop bien le brave et vieux capitaine qui nous commande pour le supposer ; mais quand même ce serait cela, nous déposerons nos armes et tout sera pour le mieux.

— Et si Joël et son compagnon, qui m’est étranger, allaient être scalpés ? demanda un des hommes de la petite troupe.

— Alors nous les vengerions. C’est ce que nous avons fait quand milord Hume tomba. Vengez sa mort ! cria notre colonel ; et tous s’élancèrent jusqu’à ce que deux mille d’entre nous fussent tombés devant les retranchements des Français. Oh ! c’était un spectacle digne d’être vu, et dont un jour on parlera.

— Oui, mais vous avez été battus d’une belle manière ; je l’ai entendu dire par quelques-uns de ceux qui y étaient.

— Qu’importe, Monsieur, nous obéissions à l’ordre. Vengez sa mort ! voilà le cri qui nous excitait ; et nous marchâmes jusqu’à ce qu’il ne restât plus assez d’hommes dans notre bataillon pour porter les blessés à l’arrière.

— Et ceux qui furent blessés ensuite, qu’en fit-on ? demanda un jeune homme qui regardait le sergent comme un autre César, le nom de Napoléon n’étant pas encore cité en 1776.

— Nous les laissâmes où ils tombaient. La guerre nous donne d’utiles leçons, jeune homme, elle nous apprend qu’on ne peut faire l’impossible. La guerre est la grande école de la race humaine, et bien savant est celui qui a fait dix-neuf ou vingt campagnes. Et si l’on doit mourir dans une bataille, ne vaut-il pas mieux mourir avec un esprit pourvu de connaissances, que d’être tué comme un chien, qui lorsqu’il est mort a son utilité ? Chaque bataille emporte hors de ce monde sciences sur sciences acquises dans la carrière des armes. Mais voilà Son Honneur qui vous confirmera tout ce que je vous dis. — Je faisais comprendre à ces gens, Monsieur, que l’armée et le champ de bataille sont les meilleures écoles de la terre. Tous les soldats maintiendront cette opinion, n’est-ce pas, capitaine ?

— Oui, nous sommes disposés à penser ainsi, Joyce. Les armes ont-elles été examinées ce matin ?