Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/277

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


que de coutume, on les avait un peu pressés ; alors commença la plus importante occupation du jour. Il y avait déjà un champ à moitié labouré et préparé pour une récolte de grains d’hiver : Joël lui-même dirigea les travaux nécessaires, et fut accompagné par les travailleurs qui l’aidaient ordinairement dans cette branche particulière de l’agriculture. Trois charrues furent bientôt à l’œuvre et fonctionnèrent avec autant de régularité et d’ordre que s’il ne fût rien arrivé qui pût troubler la tranquillité de la vallée. On entendait dans la forêt le bruit des cognées des bûcherons qui coupaient du bois pour l’hiver. Un fossé à demi terminé avait aussi ses travailleurs qui s’occupaient à élever le sol et à perfectionner leur tranchée. En un mot, tous les travaux suspendus recommençaient avec un parfait système d’ordre.

— Il y aurait de quoi embarrasser le diable lui-même, Joyce, dit le capitaine après une demi-heure de silence. Tous ces camarades travaillent aussi froidement et deux fois plus vite que si je leur avais donné leur tâche. Cette ardeur au travail est un mauvais symptôme.

— Votre Honneur fera attention à une circonstance pas un de ces coquins ne vient se mettre en face des mousquets.

— J’ai presque eu idée de les disperser avec une décharge, dit bravement le capitaine. Des balles feraient un certain effet au milieu de ces laboureurs.

— Et les bestiaux ! dit l’Écossais, car il avait l’œil sur la partie économique du mouvement comme sur la partie militaire. Une balle pourrait tuer un cheval aussi bien qu’un homme, dans une telle escarmouche.

— C’est assez vrai, Jamie, et ce n’est pas là l’espèce de service militaire que je pourrais désirer, que de faire feu sur des hommes qui étaient mes amis il y a si peu de temps. Je ne vois pas, Joyce, que ces coquins aient aucune arme avec eux.

— Pas un mousquet, Monsieur. J’y ai fait attention quand Joël est parti avec son détachement. Est-il possible que les sauvages se soient retirés ?

— Non, autrement M. Strides et ses amis seraient partis avec eux. Non, sergent, il y a un plan caché pour nous conduire dans quelque embûche, et nous aurons l’œil au guet.

Joyce resta quelque temps dans un profond silence à contempler cette scène, puis il s’approcha cérémonieusement du capitaine