Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/315

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demanda aucun délai. En une minute ils atteignirent le passage. Joyce crut bientôt apercevoir une blouse de chasse, et il allait remonter, pensant qu’il avait eu tort d’anticiper sur les ordres. Un seul regard lui enleva ses scrupules, car il vit que son commandant était assis sur un morceau de rocher, le corps penché en avant et appuyé sur le bord d’un des bâtiments. Il paraissait être sans connaissance, et le sergent se hâta de s’approcher pour s’assurer de la vérité.

Joyce toucha le bras du capitaine, celui-ci ne bougea pas. Alors il releva le corps, l’adossa contre les rochers, et recula en s’apercevant que les couleurs de la mort étaient répandues sur ce visage. D’abord il avait pensé qu’il s’était trouvé mal, mais en le changeant de position, il découvrit une petite mare de sang qui annonçait que la violence avait été employée. Quoique les nerfs du sergent fussent aguerris, et qu’il fût méthodique en tout, il ne put s’empêcher de trembler quand il fut certain de la mort de son vieux et bien-aimé commandant. Pourtant il était trop bon soldat pour négliger aucune des choses que nécessitaient les circonstances. En examinant le corps, il découvrit entre deux côtes une profonde blessure qui avait dû être faite avec un couteau ordinaire. Le coup avait traversé le cœur, et, il n’y avait plus à en douter, te capitaine Willoughby était mort ! Il avait rendu le dernier soupir à six pieds de son brave fils qui, ignorant tout ce qui se passait, ne pouvait avoir l’idée que son père était si près de lui et dans une si horrible position.

Joyce était un homme d’une vigoureuse constitution, et en ce moment il se sentait la force d’un géant. Il s’assura d’abord que le blessé ne respirait plus ; puis il mit les bras du mort sur ses épaules, élevant ainsi le corps sur son dos, et quitta la place en prenant moins de précautions que lorsqu’il était arrivé, mais cependant de façon à ne pas s’exposer. Nick examinait ses mouvements avec un regard étonné, et aussitôt qu’il y eut assez d’espace, il l’aida à porter le corps.

Ils sortirent ainsi du sentier en soutenant leur fardeau. Le sergent ne s’arrêta pas même pour respirer, jusqu’à ce qu’il eût atteint le sommet du rocher. Le corps fut respectueusement posé sur la terre, et Joyce recommença son examen avec plus de facilité et de soin, jusqu’à ce qu’il se fût parfaitement assuré que le capitaine avait dû cesser de vivre depuis près d’une heure. Ce fut une triste