Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/323

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Maud respirait à peine. La vérité semblait luire à ses regards, quoiqu’elle se trouvât obscurcie par l’incertitude. Elle devint pâle comme la mort et appuya sa main sur son cœur comme pour en comprimer les battements. Puis, par un effort désespéré, elle devint plus calme et eut le courage de parler.

— En est-il ainsi, Nick ? dit-elle. Mon père a-t-il succombé dans cette terrible affaire ?

— Père à vous tué il y a vingt ans, répondit le Tuscarora avec aigreur ; car, dans son désir d’amoindrir le coup qu’il allait porter à Maud, pour laquelle il avait une singulière affection, due aux bontés qu’elle avait eues pour lui en cent occasions, il s’imaginait qu’en lui rappelant que le capitaine Willoughby n’était pas son père, son chagrin serait moins grand. Pourquoi appeler lui votre père ? Lui pas votre père. Nick connaître père et mère. Major pas votre frère.

Malgré les sensations qui l’accablaient, Maud rougit à cette allusion, et elle baissa son visage sur ses genoux. Cette action lui donna le temps de se remettre, et comprenant toute la nécessité de se commander à elle-même, elle releva la tête.

— Ne me faites pas attendre plus longtemps. Dites-moi la vérité sans hésiter. Mon père est-il mort ? J’entends par mon père le capitaine Willoughby.

— Vous avoir tort, puisque lui pas votre père.

— Nick, le capitaine Willoughby aurait-il été tué ?

Nick regarda attentivement Maud, puis il baissa la tête affirmativement. Malgré toutes ses résolutions d’être calme, notre héroïne fut accablée par ce coup. Pendant dix minutes, elle se tut et resta la tête appuyée sur ses genoux ; la confusion de ses pensées lui fit craindre de perdre la raison. Heureusement un torrent de larmes la soulagea et elle se sentit mieux. La nécessité d’en apprendre davantage, afin de pouvoir agir, occupa son esprit, et elle questionna Nick de manière à tirer de lui tout ce qu’il jugea convenable de révéler.

La première impulsion de Maud avait été d’aller voir le corps du capitaine pour s’assurer par elle-même qu’il n’y avait plus d’espoir. Le récit de Nick avait été si laconique, qu’il ne l’avait pas complètement instruite, et le coup avait été si soudain qu’elle avait peine à croire à la vérité dans toute son étendue. Il restait encore à communiquer cette triste nouvelle à la famille qui, au