Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/364

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de la petite chapelle, où nous avons si souvent prié ensemble avec ceux que nous pleurons.

— C’est vrai, ma chère Maud, et il y a encore une autre raison pour ne partir d’ici que mariés. Beekman m’a avoué qu’on élèvera probablement une discussion à Albany sur la nature de ma visite à la Hutte, et il lui serait facile de la justifier en me montrant comme un fiancé et non comme un espion.

Ce mot d’espion vainquit les scrupules de Maud. Toutes les considérations ordinaires s’effacèrent devant les appréhensions, et Maud consentit à se marier le jour même. La cérémonie fut faite par M. Woods, et la petite chapelle se trouva témoin des larmes données aux souvenirs, et des sourires avec lesquels la jeune mariée reçut l’ardent baiser de son époux, quand la bénédiction fut prononcée. Tout le monde trouvait que, vu les circonstances, un délai n’eût pas été sage. Maud vit une sainte solennité dans cette cérémonie liée à des scènes si tristes.

Un jour ou deux après le mariage, tous ceux qui étaient encore à la Hutte la quittèrent ensemble. Les objets de quelque valeur furent empaquetés et transportés sur des bateaux qui se trouvaient dans le ruisseau au bas des moulins ; les bestiaux furent rassemblés et conduits vers les établissements. Des chevaux furent préparés pour Maud et les femmes, et l’on se dirigea vers le fort Stanwix. En un mot, le Rocher fut quitté comme n’étant pas habitable pendant une telle guerre. En effet, les travailleurs seuls auraient pu rester, et Beekman pensa qu’il était plus sage d’abandonner entièrement cet endroit pour quelques années.

Des confiscations avaient déjà été faites, et Willoughby craignant qu’on ne s’emparât de ses propriétés, investit le petit Evert du droit de recevoir une portion des revenus du capitaine. Comme il n’existait pas de testament, le fils héritait de droit ; en conséquence, un acte fut rédigé par M. Woods, qui connaissait les affaires, et la propriété de l’Étang des Castors fut érigée en fief pour l’enfant. Trente mille livres qui étaient à lui, ce qui lui revenait de sa mère, la dot de Maud, enfin sa commission de major, formaient une somme considérable pour le nouveau marié.

Quand tout fut arrangé, Willoughby se trouva possesseur de trois ou quatre mille livres sterling de rente, indépendamment de la solde qu’il recevait du gouvernement britannique, et c’était pour l’époque une immense fortune. En examinant les comptes de