Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/370

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sincère que lorsqu’elle avait quitté ces bois ; seulement son ardeur avait été un peu tempérée par le temps. Elle alla de chambre en chambre, suspendue au bras de Willoughby, après avoir défendu qu’on les suivît. Tous les meubles avaient été laissés dans la maison. La bibliothèque était presque entière. Les chambres à coucher, les parloirs et même l’atelier de peinture furent trouvés dans le même état que si on ne les avait abandonnés que depuis quelques mois. Des larmes coulèrent sur les joues de lady Willoughby en revoyant ces lieux, et elle rappela à son mari les différents événements qui s’y étaient passés. Ils restèrent ainsi une heure ou deux pendant que les domestiques, prenant possession des offices, etc., s’occupaient de faire de la Hutte une maison habitable. Bientôt on leur annonça que les faucheurs avaient coupé les herbes jusqu’aux ruines de la chapelle et sur les tombeaux de la famille.

Le soleil allait se coucher et l’heure était favorable pour le triste devoir qui restait à remplir. Willoughby et Maud se dirigèrent seuls vers les tombes. Elles avaient été creusées dans un petit bosquet d’arbrisseaux planté par le pauvre Jamie Allen sous la direction de Maud, qui avait pensé qu’on pourrait un jour avoir besoin de cet endroit. Ces arbustes, composés de lilas et de seringats, avaient rapidement crû dans ce riche sol. Ils cachaient complétement un espace de cinquante pieds carrés. Une ouverture faite par les faucheurs donnait accès jusqu’aux tombes. Comme ils arrivaient, Willoughby tressaillit en entendant des voix dans l’endos. Il se disposait à renvoyer les intrus, quand Maud lui pressa le bras et lui dit tout bas :

— Écoutez, Willoughby. Ces voix résonnent étrangement à mes oreilles ! nous les avons entendues autrefois.

— Je vous dis, Nick, vieux Nick, ou Saucy Nick, ou quel que soit votre nom, disait quelqu’un avec un accent irlandais très-marqué, que Jamie le maçon est devant vous sous ce monticule de gazon. Et Son Honneur, et la maîtresse, et miss Beuly sont enterrés ici. Och ! vous n’êtes bon, Nick, qu’à prendre des chevelures ; mais vous ne comprenez rien aux tombeaux, quoiqu’il y en ait une quantité que vous avez contribué à remplir.

— Bon, répondit l’Indien. Capitaine ici, femme là, fille ici, où est le fils ? où est l’autre fille ?

— Ici, répondit Willoughby en amenant Maud dans le taillis ;