Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/74

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maisons, et ne pas discerner si les confitures qui sont devant lui sont bonnes ou mauvaises. J’ose dire qu’il y a dans l’armée bien des colonels qui sont ignorants sur ce point.

Beulah convint en riant de la vérité de la remarque, quoique dans le secret de son esprit elle fût persuadée que Bob connaissait toute chose.

— Ne trouves-tu, pas que notre frère a gagné beaucoup dans ses manières, Maud ? dit-elle après une courte pause. Son voyage en Angleterre lui a rendu au moins ce service.

— Je ne vois pas cela, Beulah ; je ne vois aucun changement ; pour moi, Bob est absolument le même depuis qu’il est devenu homme, je veux dire depuis qu’il a été fait capitaine.

Comme le major Willoughby avait atteint ce rang le jour qu’il avait eu vingt et un ans, le lecteur peut préciser la date du changement de façon de penser de Maud.

— Je suis surprise de t’entendre parler ainsi, Maud ! papa dit qu’il est bien dressé, selon son expression, par la discipline anglaise, et qu’il a maintenant tout à fait l’air militaire.

— Bob a toujours eu l’air martial, dit Maud vivement ; il l’a acquis dans les garnisons quand il n’était qu’un enfant.

— S’il en est ainsi, j’espère qu’il ne le perdra jamais, dit l’objet de cette remarque, qui était entré sans être vu et avait entendu les dernières paroles. Étant soldat, on désire le paraître, ma petite critique.

Le baiser qui suivit, et qui n’était que le salut d’un frère à sa sœur, toucha légèrement des joues rosés et pourtant Maud rougit, car elle avait été surprise.

— Les écouteurs n’entendent rien dire de bon d’eux-mêmes, dit Maud avec une vivacité qui montrait sa confusion. Que n’êtes-vous venu une minute plus tôt, maître Bob, vous y auriez trouvé de l’avantage.

— Oh ! je ne crains pas les remarques de Beulah, et si je puis échapper aux vôtres, miss Maud, je me croirai un heureux garçon. Mais qui m’a fait devenir le sujet de votre discussion, ce matin ?

— Il est bien naturel que deux sœurs parlent de leur frère après une si longue séparation.

— Ne lui dites rien, Beulah, interrompit Maud. Laissez-le écouter aux portes, et apprendre nos secrets comme il le pourra.