Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/75

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J’espère, major Willoughby, que voilà un déjeuner qui pourra satisfaire votre appétit militaire.

— Cela paraît bien, vraiment, Maud, et j’aperçois les excellentes confitures de prunes que j’aime tant et que Beulah fait si bien. Je sais qu’elles sont spécialement pour moi, et je dois vous embrasser, ma sœur, pour cette preuve de souvenir.

Beulah, à qui il semblait qu’il était injuste de s’approprier l’honneur qui appartenait à une autre, allait dire la vérité, mais un geste suppliant de sa sœur la fit sourire et elle reçut l’hommage en silence.

— Quelqu’un a-t-il vu le capitaine Willoughby et le chapelain Woods, ce matin ? demanda le major. Je les ai laissés engagés dans une discussion désespérée, et j’ai quelque crainte qu’on ne trouve quelques débris sur le champ de bataille.

— Les voici tous deux, s’écria Maud, heureuse de voir la conversation prendre une autre tournure ; et voici ma mère, suivie de Pline ; elle va dire à Beulah de prendre la place près du café, pendant que je m’occuperai du chocolat ; mais nous laisserons le thé à la seule main qui puisse le préparer ainsi que l’aime mon père.

Tous les personnages que nous avons mentionnés entrèrent dans la salle, et, après les compliments habituels, ils s’assirent à table. Le capitaine Willoughby fut d’abord silencieux et pensif, laissant libre carrière aux causeries, dissimulant ainsi ses inquiétudes, ce qui ne faisait que mieux ressortir la tranquille gaieté de sa mère et de ses sœurs. Le chapelain fut plus communicatif, mais il semblait aussi inquiet et aussi désireux d’arriver à un point qui, probablement, ne serait pas compris d’une partie de la famille. Enfin, les impulsions de M. Woods triomphèrent de sa discrétion, et il ne put cacher plus longtemps ses pensées.

— Capitaine Willoughby, dit-il simplement, j’ai fait peu de chose depuis que nous nous sommes séparés, il y a sept heures, mais j’ai beaucoup songé au sujet de notre discussion.

— S’il en est ainsi, mon cher Woods, il y a une forte sympathie entre nous j’ai à peine dormi, et je dois dire que je n’ai pas pensé à autre chose. Je suis content que vous ayez encore examiné le sujet.

— Je vous avoue, mon digne monsieur, que la réflexion, mon oreiller et vos admirables arguments, ont produit un changement