Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/76

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


complet dans mes sentiments. Je pense maintenant tout à fait comme vous.

— Que diable dites-vous, Woods ? s’écria le capitaine avec étonnement, réellement, mon cher ami, c’est bizarre, excessivement bizarre, s’il faut dire vrai. Vous m’aviez convaincu, et j’allais justement reconnaître votre triomphe.

Il est à peine nécessaire d’ajouter que le reste de la compagnie ne s’étonna pas peu de cet échange de concessions. Maud s’en amusa beaucoup. Pour mistress Willoughby, rien de risible ne pouvait s’allier avec les actes ou les paroles de son mari, et elle eût pensé attaquer l’église elle-même en ridiculisant un de ses ministres. Beulah ne pouvait rien voir que de raisonnable chez son père, et, quant au major, il se sentait trop affligé de cette rétractation imprévue, pour apercevoir autre chose que l’erreur.

— Avez-vous suivi l’injonction de l’Écriture, mon excellent ami ? dit le chapelain ; avez-vous laissé aux droits de César tout leur poids et toute leur autorité ? le nom du roi est une tour fortifiée.

— N’avez-vous pas, Woods, oublié les droits supérieurs de la raison sur les hasards de la naissance ? L’homme doit être considéré comme un être raisonnable, gouverné par des principes et des faits qui varient sans cesse, et non comme un animal abandonné à un instinct qui périt avec son utilité.

— Que peuvent-ils vouloir dire, ma mère ? murmura Maud, à peine capable de réprimer l’envie de rire qui venait si facilement à une personne pleine d’une malicieuse gaieté.

— Ils ont discuté sur le droit du parlement à taxer les colonies, je crois, ma chère, et chacun d’eux a persuadé l’autre. Il est bizarre, Robert, que M. Woods ait converti votre père.

— Non, ma très-chère mère, c’est quelque chose de plus sérieux.

Pendant ce temps les deux adversaires, assis en face l’un de l’autre, avaient de bonne foi recommencé la discussion et ne voyaient rien de ce qui se passait. — Non, ma mère c’est bien pis que tout cela. – Pline, dites à mon domestique de brosser ma veste de chasse, et voyez à ce qu’il ait un bon déjeuner ; c’est un coquin qui murmure sans cesse, et qui donnerait une mauvaise réputation à la maison. Vous n’avez pas besoin de revenir avant