Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/84

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l’égard des autres. En conséquence, je vais vous dire maintenant tout ce que j’ai appris concernant une affaire de la dernière importance pour les colonies et pour le royaume. (Là, Joël dressa ses oreilles et lança un coup d’œil d’intelligence avec son voisin, qui était chargé de moudre le grain de la colonie, et qu’on appelait par excellence le Meunier.) Vous savez tous, continua le capitaine, qu’il y a entre les colonies et le parlement des difficultés depuis plus de dix ans ; difficultés qui ont été une ou deux fois aplanies en partie, mais qui ont toujours reparu sous une nouvelle forme.

Le capitaine s’arrêta un moment, et Joël, qui était l’orateur habituel des colons, profita de cette occasion pour faire une question.

— Le capitaine veut parler, je suppose, dit-il d’un ton rusé, demi honnête et demi jésuistique, du droit que prend le parlement de nous taxer, nous autres Américains, sans notre consentement, ou sans que nous soyons représentés dans la législature.

— C’est précisément ce que je veux dire. La taxe sur le thé, la fermeture du port de Boston, et d’autres mesures ont amené au milieu de nous beaucoup plus de régiments du roi qu’il n’y en a habituellement. Boston, comme vous le savez probablement, a une forte garnison depuis quelques mois. Il y a environ six semaines, le commandant en chef a envoyé un détachement jusqu’à Concord, dans New-Hampshire, pour détruire quelques entrepôts. Ce détachement s’est rencontré avec des hommes du pays et le sang a coulé. Plusieurs centaines de combattants ont été tués ou blessés, et je crois connaître suffisamment les deux partis pour prédire que c’est le commencement d’une longue et sanglante guerre civile. Ce sont des faits que vous devez connaître, et c’est pourquoi je vous en instruis.

Ce récit simple, mais explicite, ne fut pas accueilli de même par tous les auditeurs : Joël Strides, penché en avant avec un air d’intérêt, ne perdait pas une syllabe ; les Yankees prêtaient une grande attention, et lorsque le capitaine eut terminé, ils échangèrent des coups d’œil significatifs. Pour Mike, il saisit un shillelah, qu’il portait habituellement quand il ne travaillait pas, et regarda autour de lui, comme s’il attendait les ordres du capitaine pour commencer le combat. Jamie était pensif et grave et une ou deux fois il se gratta la tête en signe d’incertitude. La curiosité des Hol-