Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 25, 1846.djvu/248

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’arpenteur. N’est-elle pas dressée comme vous le voudriez ?

— Bonne ! répondit l’Onondago avec emphase. Maintenant, montrez votre chêne à Susquesus.

— Le voici. Vous voyez que c’est un arbre dessiné à l’encre, qui n’a plus de cime, et autour duquel ces trois châtaigniers forment une sorte de triangle.

L’Indien examina l’arbre avec quelque intérêt, et un léger sourire éclaira sa belle mais sombre figure. Il était évidemment content de voir que le plan était exact, et il n’en avait que meilleure opinion des arpenteurs de la colonie.

— Bonne ! répéta-t-il de sa voix basse et gutturale, et si douce en même temps qu’on eût pu la prendre pour une voix de femme ; — très-bonne ! Les Visages Pâles savent tout. Maintenant, que mon frère trouve l’arbre.

— C’est plus facile à dire qu’à faire, Susquesus, répondit Traverse en riant. Autre chose est d’esquisser un arbre sur une carte, ou de le découvrir au milieu de mille autres dans la forêt.

— Il a bien fallu que le Visage Pâle le vît une fois pour le peindre. Où est le peintre ?

— Oui, l’arpenteur l’a vu une fois ; il y a même fait des marques ; mais il faut le retrouver à présent. Pourriez-vous me dire où il est ? M. Littlepage donnera un écu de France à qui le lui indiquera. Une fois au pied du chêne, je suis sûr de me reconnaître.

— L’arbre qui est peint là, dit Susquesus en me montrant la carte avec un certain air de mépris, le Visage Pâle ne peut le trouver dans le bois. L’arbre vivant est là-bas : l’Indien le connaît.

Susquesus étendit le doigt avec beaucoup de dignité dans la direction du nord-est, puis il resta immobile comme une statue, comme s’il attendait qu’on vérifiât l’exactitude de son indication.

— Pouvez-vous nous conduire au pied de l’arbre ? demanda vivement Traverse. Faites-le, et l’argent est à vous.

Susquesus fit un geste expressif d’assentiment ; puis il se mit à rassembler les faibles restes de son dîner, précaution que nous eûmes soin de prendre comme lui ; car, dans quelques heures, il pouvait nous être agréable d’avoir de quoi souper. Quand tout