Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/203

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figure à ses amis comme à ses ennemis. Le premier est l’agent de démagogues intrigants, l’esclave mercenaire des mécontents et des ambitieux, qui insulte la vérité et le droit en affirmant qu’il travaille à développer l’esprit des institutions, tandis qu’il l’outrage. L’autre n’est l’esclave de personne et n’a peur de rien. L’un s’écarte des devoirs de la civilisation ; l’autre, quoique sauvage, est du moins fidèle à sa tradition et à ses principes.

Il y avait là un groupe de seize ou dix-huit véritables aborigènes. Il n’est pas rare de rencontrer un ou deux Indiens errant à travers le pays pour vendre des paniers, en compagnie de leurs squaws mais il est aujourd’hui très-extraordinaire de rencontrer un véritable guerrier indien au cœur de l’État, portant son fusil et son tomahawk, comme c’était le cas pour ceux qui descendaient si vivement la colline. Mon oncle Ro était aussi étonné que moi, et il s’arrêta au point de jonction des deux routes pour attendre l’arrivée des étrangers.

— Voilà de véritables Peaux-Rouges, Hughes, et d’une noble tribu, dit mon oncle lorsque leur approche les fit mieux distinguer des guerriers de l’ouest, accompagnés d’un homme blanc.

— Quel intérêt peut donc les attirer à Ravensnest ?

— Peut-être que les anti-rentistes veulent agrandir leur plan, et projeter de nous attaquer en faisant alliance avec les vrais fils de la forêt. Sans doute ils veulent faire de l’intimidation.

— Et qui pourraient-ils intimider que leurs femmes et leurs enfants ? Mais les voilà qui arrivent dans toute leur majesté, et nous pouvons les aborder.

Ils arrivaient, en effet, montrant dix-sept des plus beaux exemplaires de Peaux-Rouges, tels qu’ils nous apparaissent quelquefois allant ou venant de leurs lointaines prairies. Car l’homme blanc a déjà chassé l’Indien comme l’ours, l’élan et l’orignal des forêts de l’Amérique, et l’a relégué dans les vastes plaines.

Lorsque les Indiens entrèrent dans la route que nous occupions, la troupe entière s’arrêta avec un air de courtoisie, comme pour attendre que nous leur adressions la parole. Le plus avancé, qui était aussi le plus vieux, inclina la tête et articula les mots ordinaires de salut, « sago, sago. »

— Sago, répliqua mon oncle ; sago, répétai-je.

— Comment va ? continua l’Indien en anglais ; comment appeler ce pays ?