Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/268

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Il n’y avait cependant pas de temps à perdre et la résolution que je pris sera connue par le récit des choses telles qu’elles se passèrent. J’entendis la porte s’ouvrir et je m’apprêtai à agir. Je ne savais si les incendiaires voulaient se retirer par la colline ou bien ouvrir la barrière qui se fermait en dedans ; mais je me tins prêt pour les deux alternatives.

À peine entendis-je le premier pas sur le pavé de l’arche que je tirai mon fusil en l’air ; c’était un signal d’alarme. Saisissant aussitôt mon arme par le canon, je m’élançai, et d’un vigoureux coup de crosse sur la tête je renversai celui qui marchait le premier ; il tomba comme un bœuf sous la hache du boucher. Jetant mon fusil, je sautai par-dessus le corps étendu et saisis son compagnon. Mon attaque était si soudaine, qu’il laissa aussi tomber son fusil, et nous nous saisîmes comme deux lutteurs. J’étais jeune et actif, mais mon adversaire avait plus de force ; je vis aussi qu’il avait l’habitude de la lutte, et bientôt je fus renversé sous lui. Par bonheur, je tombai sur le corps de l’autre incendiaire, qui commençait à reprendre ses sens. Mais ma situation n’en était pas moins périlleuse. L’incendiaire m’avait saisi par la cravate, et la tordait de manière à m’étouffer. Le feu brillait à travers la porte de la cuisine de manière à rendre toutes choses distinctes sous l’arche et Mary revint en courant à temps pour me délivrer. Avec une résolution extraordinaire, elle saisit le fusil que j’avais laissé tomber et passa le canon entre le bras plié et le dos de mon adversaire s’en servant comme d’un levier. Ce mouvement me permit de reprendre haleine je recueillis mes forces, saisis mon ennemi à la gorge, et par un effort désespéré je me dégageai, et fus en un instant debout. Sortant mon pistolet, j’ordonnai au bandit de se rendre, en le menaçant de lui faire sauter le crâne. La vue de cette arme fit son effet : cet homme recula avec terreur dans un coin, et me supplia de ne pas le tuer. Au même moment l’interprète parut sous l’arche, suivi de tous les Peaux-Rouges, qui avaient été appelés dans cette direction par la détonation du fusil.