Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/334

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rien dit ou fait qui fût hors du cercle de ses devoirs, il s’arrêta et fit face à ceux qui le poursuivaient. L’action de Mary Warren avait déjà imposé à ces hommes égarés, et l’aspect calme et digne du ministre acheva son triomphe. Les meneurs des Indgiens s’arrêtèrent, conférèrent ensemble, et tous rejoignirent bientôt le corps principal dont ils s’étaient détachés, laissant M. Warren et sa charmante fille nous rejoindre tranquillement.

Au moment où Mary Warren avait quitté le portique pour remplir sa pieuse mission, poussé par un mouvement irrésistible je m’étais élancé pour la suivre. Mais mon oncle m’avait saisi par les basques de mon habit, et la main plus délicate de ma grand’mère avait produit encore un plus grand effet. Tous deux me firent des représentations, et avec une raison si évidente, que je compris bientôt la folie de ma démarche. Si j’étais tombé entre les mains des anti-rentistes, leur triomphe eût été momentanément complet.

M. Warren monta les marches du portique d’un pas aussi assuré et d’un air aussi tranquille que s’il entrait dans son église. Le bon vieillard avait si bien maîtrisé ses impressions, et était tellement accoutumé à se considérer comme spécialement protégé, ou comme prêt à tout souffrir pour l’accomplissement de ses devoirs, que la crainte lui était inconnue. Quant à Mary, jamais elle ne parut si belle que lorsqu’elle montait les marches, s’attachant encore avec confiance et tendresse au bras de son père.

Patt s’élança pour embrasser son amie avec une vive tendresse et ma vénérable grand’mère la baisa sur les deux joues, tandis que les deux autres demoiselles lui témoignaient leur sympathie. Mon oncle Ro lui-même poussa la galanterie jusqu’à lui embrasser la main, tandis que le pauvre Mughes était obligé de se tenir en arrière et de se contenter de témoigner son admiration par ses regards. J’obtins cependant d’elle un coup d’œil rempli de consolation, puisqu’il m’indiquait que ma réserve était appréciée.

Pendant cette singulière scène, les hommes de la prairie parurent seuls sans émotion. À peine un d’entre eux avait-il détourné les yeux de dessus Susquesus, bien qu’ils dussent tous s’apercevoir qu’il se passait près d’eux quelque événement intéressant, et que tous certainement comprissent que leurs ennemis étaient tout près. L’apathie des chefs semblait s’étendre à l’interprète, qui allumait froidement sa pipe au moment même où se passait l’épisode de M. Warren, sans que rien l’interrompît dans cette occupation,