Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/342

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Le moment était alors venu pour les Indiens d’accomplir l’objet de leur visite à Havensnest, et Feu-de-la-Prairie se leva lentement pour parler.

« Père, dit-il avec solennité, les esprits de vos enfants sont pesants. Ils ont voyagé à travers un long sentier couvert d’épines, avec des mocassins usés et des pieds meurtris ; mais leurs esprits étaient légers. Ils espéraient au bout du sentier contempler la face de l’intègre Onondago. Ils sont venus au bout du sentier et ils le voient ; ils le voient comme ils s’attendaient à le voir. Il est comme le chêne que l’éclair peut déchirer, que la neige peut couvrir de mousse, mais que mille orages et cent hivers ne peuvent dépouiller de ses feuilles. Il ressemble au chêne le plus vieux de la forêt. Il est plein de grandeur ; il fait bon de le regarder. Quand nous le voyons, nous voyons un chef qui a connu les pères de nos pères, et les pères de leurs pères. Il y a de cela longtemps. Il est une tradition, et sait toutes choses. Il n’y a qu’une chose avec lui qui ne devrait pas être. Il est né homme rouge, mais il a vécu si longtemps avec les Faces-Pâles, que lorsqu’il s’en ira aux heureuses terres de chasse, nous craignons que les bons esprits ne le prennent pour un Face-Pâle et ne lui indiquent un faux sentier. Si cela arrivait, les hommes rouges perdraient l’intègre Onondago pour toujours. Cela ne doit pas être. Mon père ne désire pas que cela soit. Il aura une meilleure pensée. Il reviendra parmi ses enfants, et laissera sa sagesse et ses conseils parmi le peuple de sa couleur. Je lui demande de faire cela.

« Le sentier est long, maintenant, d’ici aux wigwams des hommes rouges. Il ne l’était pas autrefois, mais il a été agrandi. C’est un sentier bien long. Nos jeunes guerriers le parcourent souvent pour visiter les tombeaux de leurs pères ; ils savent combien il est long. Ma langue n’est pas fourchue, mais elle est droite ; elle ne chantera pas une fausse chanson ; elle dit la vérité à mon père. Le sentier est bien long. Mais les Faces-Pâles sont étonnants. Que n’ont-ils pas fait ? que ne feront-ils pas ? Ils ont fait des canots et des voitures qui volent aussi vite que les oiseaux. Le daim ne pourrait les attraper. Ils ont des ailes de feu qui ne se fatiguent jamais. Ils marchent quand les hommes dorment. Le sentier est long, mais il est bientôt parcouru avec de telles ailes. Mon père peut entreprendre le voyage sans penser à la fatigue. Qu’il l’essaie. Ses enfants prendront soin de lui. L’oncle Sam lui