Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/343

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donnera de la venaison et il ne manquera de rien. Alors, quand il partira pour les heureuses terres de chasse, il ne se trompera pas de sentier, et restera pour toujours avec les hommes rouges.

Une longue et solennelle pause succéda à ce discours, qui fut prononcé avec beaucoup de dignité et d’emphase. On pouvait voir que Susquesus était touché de cette requête, et de l’hommage rendu à son caractère, en voyant des tribus des prairies, des tribus dont il n’avait jamais entendu parler, même dans les traditions de ses jeunes années, venir si loin pour rendre justice à sa renommée, et pour lui demander d’aller mourir au milieu d’elles. Il devait savoir, il est vrai, que les débris des tribus de New-York avaient pour la plupart fait retraite dans ces régions éloignées ; néanmoins il était honorable pour lui qu’elles eussent, par leurs souvenirs, réussi à produire une impression si favorable à son égard. Bien des hommes de son âge eussent été insensibles à des sentiments de cette nature. Il en était ainsi assurément de Jaaf, mais non de l’Onondago. Comme il l’avait dit aux chefs dans son discours précédent, son esprit vivait surtout parmi les scènes de sa jeunesse, et ses premières émotions redevenaient plus vives aujourd’hui que dans le milieu de sa carrière. Tout ce qui restait du feu de ses jeunes ans semblait s’être ranimé, et, dans son extérieur, excepté quand il marchait, il ne paraissait pas dans cette matinée, avoir plus de soixante-dix ans.

Maintenant que les chefs des prairies avaient si glorieusement pour lui fait connaître le grand objet de leur visite et si vivement exprimé leur désir de recevoir au milieu de leur communauté un homme de leur couleur et de leur race, il ne restait plus à l’Onondago qu’à se prononcer aussi clairement sur cette proposition. Le profond silence qui régnait autour de lui devait lui montrer avec quelle anxiété était attendue sa réponse. Cette anxiété s’étendait même jusque parmi les Indgiens, qui semblaient autant absorbés par l’intérêt de cette curieuse scène, que tous ceux qui étaient sous le portique. Je crois que l’anti-rentisme fut momentanément oublié par tout le monde, par les tenanciers comme par les propriétaires. Feu-de-la-Prairie avait repris son siège depuis plus de trois minutes avant que Susquesus se levât ; pendant ce temps le silence resta ininterrompu.

— Mes enfants, reprit l’Onoudago, dont la voix avait ce tremble-