Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/52

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duire le temps, c’est de rendre les conditions plus sacrées et par conséquent d’ajouter à leur force. Mais ces bonnes gens, dont la moralité ne s’occupe que d’un côté de la question, s’imaginent que ces baux, consacrés par le temps, leur donne le droit d’en mépriser les conditions pendant leur durée, et d’élever, dès qu’ils sont à terme, des prétentions bien au delà de ce qu’ils ont stipulé.

— Bah ! bah ! Jack ; il n’est pas besoin de grandes lumières pour apprécier les mérites d’une telle question. L’Amérique est un pays civilisé, ou elle ne l’est pas. Dans le premier cas, elle respectera les droits de la propriété et ses propres lois ; dans le cas contraire, elle ne les respectera pas. — Occupons-nous donc de notre projet, et des moyens de nous rendre, sans être découverts, au milieu de ces hommes égarés, égarés par leur convoitise. Car je suis décidé à les voir et à juger par moi-même de leurs motifs et de leur conduite.

— Gare au tonneau de goudron et au sac de plumes, Roger !

Nous discutâmes alors le sujet longuement et à loisir. Je ne rapporterai pas tout ce qui fut dit, car ce serait revenir deux fois sur le même terrain ; et je renvoie le lecteur au récit en forme. À l’heure ordinaire, nous nous retirâmes, gardant pour plus de précaution, le nom de Davidson. Le jour suivant, Jack Dunning s’occupa activement de nous, et nous fut extrêmement utile. En sa qualité de vieux garçon, il avait beaucoup de connaissances au théâtre, à l’aide desquelles il nous procura à chacun une perruque. Mon oncle et moi nous parlions passablement l’allemand, et notre projet était de voyager sous le costume de colporteurs émigrants vendeurs de bijoux et d’essences. Mais j’eus la fantaisie de porter une vielle et un singe ; et il fut enfin décidé que Sir Hughes Littlepage senior entreprendrait cette aventure avec une boîte de montres à bon marché et de bijoux dorés, tandis que M. Hughes Littlepage junior commencerait ses voyages, chez lui, en qualité de musicien ambulant. La modestie ne me permet pas de dire tout ce que je pourrais en faveur de mon talent musical ; mais je puis avouer que je chantais bien pour un amateur, et que je jouais du violon et de la flûte d’une manière supérieure.

Tout fut arrangé dans le cours du jour suivant ; nos perruques seules formaient un déguisement aussi complet que nous pouvions le souhaiter. Quant à mon oncle, il était entièrement chauve, et la perruque n’était pas pour lui une grande gêne ; mais j’eus quelque peine à dissimuler mes longues boucles de cheveux. Cepen-