Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 3.djvu/139

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ACTE II, SCÈNE I. 127


Le Comte

Prenez un bon conseil. Le conseil en est pris.


Don Arias

Que lui dirai-je enfin ? je lui dois rendre conte.


Le Comte

Que je ne puis du tout consentir à ma honte.


Don Arias

Mais songez que les rois veulent être absolus.


Le Comte

Le sort en est jeté, Monsieur, n’en parlons plus.


Don Arias

Adieu donc, puisqu’en vain je tâche à vous résoudre :
Avec tous vos lauriers, craignez encor le foudre.


Le Comte

Je l’attendrai sans peur.


Don Arias

Je l’attendrai sans peur. Mais non pas sans effet.


Le Comte

Nous verrons donc par là don Diègue satisfait.

(Il est seul.)

Qui ne craint point la mort ne craint point les menaces.
J’ai le cœur au-dessus des plus fières disgrâces ;
Et l’on peut me réduire à vivre sans bonheur,
Mais non pas me résoudre à vivre sans honneur.

 1. Voyez tome I, p. l5o, note 1, a.
2. Var, Tout couvert de lauriers, craignez encor la foudre. (1637-56)
3. Il n’y a point ici de jeu de scène dans les éditions de 1637 in-12 et de 1638. Dans celles de 1687 in-4° et de 1638-6o, on lit : Don Arias rentre, au lieu de : Il est seul.
4. Var. Je m’étonne fort peu de menaces pareilles (a) :

Dans les plus grands périls je fais plus de merveilles ;

Et quand l’honneur y va, les plus cruels trépas

Présentés à mes yeux ne m’ébranleroient pas. (1637-56)

(a) L’édition de 1644 in-12 porte, par erreur :

Je m’étonne fort peu de pareilles menaces.

Cette transposition fortuite a cela de remarquable qu’elle donne an vers la rime qu’il aura à partir de 1660.