Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 3.djvu/148

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136 LE CID.


Léonor.

Votre espoir vous séduit, votre mal vous est doux ;
Mais enfin ce Rodrigue est indigne de vous.


L’Infante.

Je ne le sais que trop ; mais si ma vertu cède,
Apprends comme l’amour flatte un cœur qu’il possède.

Si Rodrigue une fois sort vainqueur du combat,

Si dessous sa valeur ce grand guerrier s’abat,
Je puis en faire cas, je puis l’aimer sans honte.
Que ne fera-t-il point, s’il peut vaincre le Comte ?
J’ose m’imaginer qu’à ses moindres exploits
Les royaumes entiers tomberont sous ses lois ;
Et mon amour flatteur déjà me persuade
Que je le vois assis au trône de Grenade,
Les Mores subjugués trembler en l’adorant,
L’Aragon recevoir ce nouveau conquérant,
Le Portugal se rendre, et ses nobles journées
Porter delà les mers ses hautes destinées,
Du sang des Africains arroser ses lauriers :
Enfin tout ce qu’on dit des plus fameux guerriers,
Je l’attends de Rodrigue après cette victoire.
Et fais de son amour un sujet de ma gloire.


Léonor.

Mais, Madame, voyez où vous portez son bras,
Ensuite d’un combat qui peut-être n’est pas.

 1. Var. Mais toujours ce Rodrigue est indigne de vous. (1637-56)

2. Telle est partout l’orthographe du mot dans les éditions publiées du vivant de Corneille, et encore dans celle de 1692, et cela sans doute afin de rendre certaines rimes plus satisfaisantes pour l’œil, comme par exemple celle-ci (vers 1177 et 1178) :

L’espérance et l’amour d’un peuple qui l’adore,
Le soutien de Castille, et la terreur du More.

Mais dans les Discours et les Examens Corneille écrit les Maures.

 3. Var. Au milieu de l’Afrique arborer ses lauriers. (1637-56)

4. Var. Et faire ses sujets des plus braves guerriers. (1637 in-12)