Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 3.djvu/188

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


176 LE CID.

SCÈNE V.

Don Fernand, Don Diègue, Don Arias, Don Sanche, Don Alonse, Chimène, Elvire.



Don Fernand.

Montrez un œil plus triste. Enfin soyez contente,
Chimène, le succès répond à votre attente :
Si de nos ennemis Rodrigue a le dessus,
Il est mort à nos yeux des coups qu’il a reçus ;
Rendez grâces au ciel qui vous en a vengée.

(À Don Diègue.)

Voyez comme déjà sa couleur est changée.


Don Diègue.

Mais voyez qu’elle pâme, et d’un amour parfait,
Dans cette pâmoison, Sire, admirez l’effet.
Sa douleur a trahi les secrets de son âme,
Et ne vous permet plus de douter de sa flamme.


Chimène.

Quoi ! Rodrigue est donc mort ?


Don Fernand.

Quoi ! Rodrigue est donc mort ? Non, non, il voit le jour,
Et te conserve encore un immuable amour :
Calme cette douleur qui pour lui s’intéresse.


Chimène.

Sire, on pâme de joie, ainsi que de tristesse :
Un excès de plaisir nous rend tout languissants,
Et quand il surprend l’âme, il accable les sens.

 1. Ce jeu de scène manque dans les éditions de 1637-56.
2. Var. Tu le posséderas, reprends ton allégresse. (1637-56)