Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 3.djvu/421

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Départ à chaque peuple un différent génie ;
Mais il n’est pas moins vrai que cet ordre des cieux[1]
Change selon les temps comme selon les lieux.
Rome a reçu des rois ses murs et sa naissance ;
Elle tient des consuls sa gloire et sa puissance, 550
Et reçoit maintenant de vos rares bontés
Le comble souverain de ses prospérités.
Sous vous, l’État n’est plus en pillage aux armées ;
Les portes de Janus par vos mains sont fermées,

Ce que sous ses consuls on n’a vu qu’une fois[2],555
Et qu’a fait voir comme eux le second de ses rois.



maxime

Les changements d’État que fait l’ordre céleste
Ne coûtent point de sang, n’ont rien qui soit funeste.


cinna

C’est un ordre des dieux qui jamais ne se rompt,
De nous vendre un peu cher les grands biens qu’ils nous font[3].
L’exil des Tarquins même ensanglanta nos terres,
Et nos premiers consuls nous ont coûté des guerres.


maxime

Donc votre aïeul Pompée au ciel a résisté
Quand il a combattu pour notre liberté ?


cinna

Si le ciel n’eût voulu que Rome l’eût perdue,565

Par les mains de Pompée il l’auroit défendue[4] :
Il a choisi sa mort pour servir dignement

  1. Var. Il est certain aussi que cet ordre des cieux. (1643-56)
  2. Var.

    Ce que tous ces consuls n’ont pu faire deux fois,
    Et qu’a fait avant eux le second de ses rois (1643-56)

  3. Var. De nous vendre bien cher les grands biens qu’ils nous font. (1643-56)
  4. Souvenir de Virgile (Énéide, livre II, vers 291 et 292) :

    Defendi possent, etiam hSi Pergama destra
    Defendi possent, etiam hac defensa fuissent.

    « Si Pergame (dit Hector) eût pu être défendu par la droite d’un guerrier, elle l’aurait été par celle-ci. »