Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 3.djvu/437

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Mais je n’ose parler, et je ne puis me taire.


Émilie

C’est trop me gêner, parle.


Cinna

Il faut vous obéir.
Je vais donc vous déplaire, et vous m’allez haïr.
Je vous aime, Emilie, et le ciel me foudroie
Si cette passion ne fait toute ma joie,
Et si je ne vous aime avec toute l’ardeur
Que peut un digne objet attendre d’un grand cœur  !
Mais voyez à quel prix vous me donnez votre âme :
En me rendant heureux vous me rendez infâme
Cette bonté d’Auguste…


Émilie

Il suffit, je t’entends,
Je vois ton repentir et tes vœux inconstants :
Les faveurs du tyran emportent tes promesses
Tes feux et tes serments cèdent à ses caresses
Et ton esprit crédule ose s’imaginer
Qu’Auguste, pouvant tout, peut aussi me donner
Tu me veux de sa main plutôt que de la mienne,
Mais ne crois pas qu’ainsi jamais je t’appartienne :
Il peut faire trembler la terre sous ses pas,
Mettre un roi hors du trône, et donner ses Etats,
De ses proscriptions rougir la terre et l’onde,
Et changer à son gré l’ordre de tout le monde
Mais le cœur d’Emilie est hors de son pouvoir.


Cinna