Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 3.djvu/461

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Leur haine enracinée au milieu de ton sein
T’avait mis contre moi les armes à la main
Tu fus mon ennemi même avant que de naître,
Et tu le fus encor quand tu me pus connaître,
Et l’inclination jamais n’a démenti
Ce sang qui t’avait fait du contraire parti :
Autant que tu l’as pu, les effets l’ont suivie
Je ne m’en suis vengé qu’en te donnant la vie
Je te fis prisonnier pour te combler de biens
Ma cour fut ta prison, mes faveurs tes liens :
Je te restituai d’abord ton patrimoine
Je t’enrichis après des dépouilles d’Antoine,
Et tu sais que depuis, à chaque occasion,
Je suis tombé pour toi dans la profusion
Toutes les dignités que tu m’as demandées,
Je te les ai sur l’heure et sans peine accordées
Je t’ai préféré même à ceux dont les parents
Ont jadis dans mon camp tenu les premiers rangs,
A ceux qui de leur sang m’ont acheté l’empire,
Et qui m’ont conservé le jour que je respire
De la façon enfin qu’avec toi j’ai vécu,
Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu.
Quand le ciel me voulut, en rappelant Mécène,
Après tant de faveur montrer un peu de haine,