Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/104

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rc ETUDE

n'est ici encore qii'à l'état de germe; si Corneille y appuyait trop i/ ne saurait comment conserver à ses jeunes gens leur aimable laiîîser-aller : il leur donne donc Juste assez de scepticisme pour que leur conversion soit plus éclatante ; il les fait tout ensemble assez naïfs pour aimer sincèrement, quand le temps en sera venu, nsspz fins pour se tenir en garde contre toutes les exagé- rations Rester dans la mesure, voilà leur règle de conduite; ceux qui s'y maintiennent ont mérité d'être heureux, ceux qui en sortent sont justement dédaignés ou punis.

Il est trois sortes de jeunes gens que le poète peint de traits odieux ou ridicules : ceux qui n'aiment pas assez, ceux qui aiment trop, ceux qui aiment mal, c'est-à-dire qui ne savent point aimer comme il faut.

Ceux qui n'aiment pas assez sont, dans les comédies de Cor- neille, plus nombreux qu'il ne parait d'abord. En apparence, les plus froids brûlent, languissent, sont menacés d'une mort pro- chaine; monologues et stances, déclamations tragiques et effusions lyriques, ils n'oublient rien pour nous attendrir sur leur mal- heureux sort. Mais tout cela n'est que l'extérieur; écartons ces formes convenues, allons au fond, nous serons vite rassuré?. Philandre, cet amoureux à madrigaux, court de Cloris à Mélit'; et de Mélite à Cloris ; comme il n'aime vraiment ni l'une ni l'autre, nous ne sommes pas fort aflligés de voir toutes les deux lui échapper, et peut-être ne l'est-il pas plus que nous. ïhéante n'est qu'un fat et un poltron; ses grands airs et ses petites lâchetés n'y feront rien; il devra céder Daphnis à Florarae. Alidor érige en théorie son inconstance, ou plutôt son horreur de toute sujé- tion. Angélique l'aime-t-elle? Il est las de cette affection trop sûre, et se montre heureux qu'un ami complaisant l'aide à s'en affranchir. Le fuit-elle? Son goût se ravive ; après avoir voulu la faire enlever pour un autre, il veut l'arracher aii cloître et la reconquénr pour lui-même. La perd-il enfin? il s'en console ea songeant que personne n'aura ce qu'il n'a pas :

��Ra\i ,-ju"au'"un n'en ait ce que j'ai pu prétendre, Puisqu'elle dit au monde un éternel adieu. Comme je la donnais sans regret à Cléandre, Je verrai sans regret qu'elle se donne à Dieu*.

��1. La Place Royale j V, 8.

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