Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/108

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xr.iv ÉTUDE

Nous donnons aisément ce qui n'est plus à nous., ..

La raison et l'amour sont ennemis jurés

La peine qui n'est plus augmente nos délices

Railler un malheureux, c'est être trop cruel.... Que la peine est douce à qui sert ses amis'!

Çà et là brillent de même quelques jolis détails, qui prouvent que le poète n'est pas exclusivement absorbé par l'étude de l'âme humaine et sait voir la nature extérieure : après un orage, par «semple, il nous montrera le ciel redevenu pur et riant :

Et déjà )e soleil de ses rayons essuie

Sur ces moites rameaux le reste delà pluie*.

C'est par ces qualités, déjà remarquables, de la forme, c'est par ce style alerte et vif du dialogue dramatique que valent les comédies de Corneille, beaucoup plus que par le fond de l'in- trigup, souvent confuse ou banale, ou par la peinture def* carac- tères, souvent flottants, sans relief original et personnel. Ces Éraste et ces Doraste, ces Lysaadre, ces Cléandre, ces Philatidre ou ces Philiste, ces Alidor et ces Alcidon, ces Florame et ces Florange ne vivent pas, à dire vrai, d'une vie fort di>tincle, mal- gré les prodigieux elTorts qu'ils font pour sembler vivants. Il nous est impossible d'oublier Chimène, une fois que nous lavons vue; mais Clarice, Gloris et Caliste, et Plailis, et Doris, et Dorise, comment garder le souvenir de leur physionomie? Ce sont des ombres gracieuses, de charmantes abstractions. A proprement parler, il n'y a pas là de caractère. Mais que la conversation s'en- gage, et nous voiJà sous le charme, et nous nous laissons aller au courant facile de ce langage des honnêtes gens. L uonnête homme, défini par la Rochefoucauld 3, est « celui qui ne se pique de rien x. Si effacés que soient les personnages de Corneille, si alambiqués et raffinés que puissent sembler parfois leurs propos de galanterie, il en est plus d'un parmi eux qui justifierait cette jdéfiiiitiou : car ilsn« se piquent, ni d'un es.prit trop sceptique et crurl, qui témoignerait contre leur cœur, ni d'une chaleur de cœur

��i» La Yeme, III, 1 ; II, 3 ; III, 8; La SuiomtafV i ; La Place Royale, III, 4. 2. Clitandre. IV, 3. 3 Maximes. CGI II.

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