Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/113

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SUR LES COMEDIES xcix

Clitandre est dédié au duc de Longueville ; mais M™^ de Loa- gueville, qui devait reprendre pour son compte le rôle de Dorise et d"Emilie, n'avail, eu 1632, que treize ans.

Au premier abord, il semble que ce soit là une bizarre excep- tion dans le théâtre comique de Corneille, et qu'il faille aller jusqu'à l'Illusion comique pour trouver l'équivalent de Clitandre. Si l'on y regarda de plus près, on ne voit point de solution de continuité absolue entre les tragi-comédies et les comédies. Les moyens sont souvent les mènies, et le ton ne diffère pas toujours sensiblement. Ici comme là, presque à chaque pas, ou rencontre des méprises, des trahisons, des enlèvements, tels que ceux qui forment le ressort principal de la Place Royale et de la Veuve. Dans la Veuve, par exemple, Alcidon et Célidan, « coiffés d'un tapabord », bonnet rabattu sur les épaules, emportent de force Clarice, qui, eu vain, se débat et crie -.Aux va...! » sans pouvoir achever son cri. Ailleurs, dans la Galerie du Palais, ce sont deux voleurs véritables, l'épée au poing, qui empêchent Lysandre, Iccuyer de Dorimant, de remplir la mission dont son maître l'a chargé. Curieux témoignage, confirmé par plus d'un contempo- rain, de la sécurité dont on jouissait alors dans les quartiers les plus fréquentés de Paris !

Ce dialogue même, dont on admire l'alerte vivacité, à certains moments, semble hésiter entre le ton de la comédie et celui de la tragédie. La langue est exquise, le ton n'est pas toujours juste : singuliers personnages de comédie que ces jeunes gens au sourire discret, à l'émotion facile! Voici Philiste; il est an comble du bonhiur, puisqu'il obtient celle qu'il aime, et pour- tant à quoi peuse-t-il? à raffiner sur son bonheur, dont il trouve <les raisons pour être triste, à répéter le mot de Lucrèce sur l'amertume qui se mêle aux joies les plus vives :

��Et l'excès des plaisirs qui me viennent charmer Mêle dans ces douceurs je ne sais quoi d'amer'.

��Pour faire enti^ndre les choses les plus simples, ils usent sou- vent du langage le plus solennel : pour affirmer la sincérité de .-es sentiments, Daphuis atteste «le bras qui lance le tonnerre»;

1 . La Veuve, V, 7

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