Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/124

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ETUDE SUR MEDEE.

��Si Médée n'était qu'une de ces médiocres tragédies, perdues dans la foule des tragédies de la décadence, une sœur aînée de Pulchérie, quelques mots suffiraient pour signaler, et les quelques beautés qu'on y voit briller, et les nombreuses taches qui la dépa- rent. Mais elle est la seule tragédie qui précède le Cid, et elle ne lui est antérieure que d'un an : à ce seul litre, elle mérite une étude spéciale, car toutes les qualités et aussi tous les défauts de Corneille tragique y sont en germe, et, pour ainsi dire, en puis- sance. Sous quelles influences s'est formé ce génie tragique, mûr si vite et si vite aussi altéré, quels modèles s'est-il proposé d'a- bord, quels modèles au contraire a-t-il tout d'abord écartés? Il im- porte de le savoir, avant d'étudier les chefs-d'œuvre, car, eux- mêmes, les chefs-d'œuvre ne sont pas animés d'un autre esprit, et si la vraie grandeur, à peine entrevue dans Médée, resplendit de tout son éclat dans le Cid, Horace, Cinna, les fautes de goût qui s'étalent complaisamment aux yeux dans Médée, atténuées, mais sensibles encore, reparaîtront au milieu des scènes les plus admirables, comme un souvenir du passé et une menace pour l'avenir.

��MÉDÉE CHEZ EURIPIDE.

��Les aventures et les crimes légendaires de Médée devaient vi- vement préoccuper l'imagination des anciens. Cette figure étrange, à la fois tendre et farouche, avait pour elle, et l'attrait mystérieux qu'exerce toute puissance surnaturelle, et la séduction presque irrésistible de la passion sincère, et aussi cette involontaire sym-

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