Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/137

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


ÉTUDE SUR MEDEE r.xxv

luùtbodiqiieiuL'nt conduites. Pourquoi a-t- il aimé Hypsipyle, prin- cesse de Lemnos? Parce que ses compagnons et lui-même avaient besoin de se « rafraîchir dans la ville ». Pourquoi a-t-il « cajolé » Médée? pour conquérir la toison d'or. Pourquoi maintenant va-t-il épouser Creuse, la fille du roi Créon? C'est que son» bon- heur ordinaire » l'a rendu cher au père et à la fille, c'est qu'une puissance étrangère, la Thessalie, demande à Corinthe l'exil de .Médée, et qu'il ne tient pas à suivre Médée dans l'exil :

��A quitter l'utilo pour l'honnête

La paix allait se faire aux dépens de ma tète.

Il a donc préféré l'utile, et il livre la mère de ses enfants pour conserver à ceux-ci un père. Pollux n'a garde de s'indigner; il félicite Jason, bien qu'il ne puisse l'approuver « qu'à demi » et qu'il le juge « un peu » ingrat envers Médée. Il lui conseille seulement de craindre les enchantements de la magicienne, puis se retire avec discrétion, pour lui permettre d'eugager avec Creuse, sa fiancée, l'entretien le plus galant que jamais Argonaute ait soutenu, sous la surveillance peu gênante de la gouvernante Cléone. Creuse ne veut point rester en arrière, et riposte aux ma- drigaux par des madrigaux : elle a tout ce qu'elle veut, puisqu'elle a Jason. Volontiers elle promet tison fiancé de solliciter la grâce de ses enfants, mais à la condition qu'il lui accordera d'avance un point dont elle ne parlera que plus tard. Soudain l'on voit venir Médée, le trouble-fête; tous se taisent et se séparent. Aussitôt l'intérêt se ravive et le ton se relève :

��Souverains protecteurs des lois de l'hyuiénée, Dieux garants de la foi que Jason m'a donnée...

Si froidement mythologique ou déclamatoire que soit parfois ce langage, ce personnage de l'épouse trahie qui se venge porte en soi je ne sais quelle grandeur tragique qui s'impose. Il est vrai que Corneille, en ce monologue, imite et traduit même bien des traits du monologue de Sénèque ; mais il en ajoute qui ne sont pas moins frappants. Qu'on fasse la part de l'imitation et de l'originalité dans l'imprécation fameuse:

��Qu'il coure vagaljond de province en province, Qu'il fasse lâchement la cour à chaque prince ; Banni de tous côtés, sans bien et sans appui, Accablé de frayeur, de misère, d'ennui,

�� �