Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/150

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cxxxviif ÉTUDE SUR MÉDEE

sensibilité qu'il ne convient, très différente par là de la Phèdre de Rncine, que puritie le repentir.

S'il renonce à instruire, Corneille a-t-il, du moins, réussi à plnire? C'est dans la préoccupation évidente de plaire à ses contemporains qu'il a créé ou proloudément modifié certains caractères secondaires, ceux de Creuse et de Créon. Dans son Examen, il met eu relief ces innovations, sans s'apercevoir qu'elles sont précisément la partie la plus contestable de son œuvre. Il se vaute, par exemple, d'avoir ri-ndu l'action plus vraisemblable en donnant à Creuse cette passion immodérée pour la robe de Médée, en nous montrant par quelles ruses Jason obtient de Médée ce présent, et par quel essai, fait d'abord sur une autre, on en éprouve l'innocuité. Mais qui ne voit com- bien peu tragique est cette importance donnée à l'acquisition d'une robe? Qui ne sent aussi à quel point sont im|Ortnnes au lecteur moderne les prétentions galantes du vieil i^îgée? Corneille se vante pourtant d'avoir par là donné « un peu plus d'intérêt à ce monarque ». Il ne s'ugit que de s'entendre sur le genre de c^t intérêt. En ce temps où les conversations de galanterie raffinée étaient à la mode au théâtre comme dans les salons, Corneille croyait et devait plaire en mettant Creuse en face de Jason, ^-Egée en face de Creuse; peut-être même a-t-il jugé habile d'adoucir l'horreur de cette tragédie en y mêlant quelques épisodes moins sombres. Ce mélange d'éléments contradictoires qui nous choque, ne choquait pas autant sans doute le public de 1635.

De ce côté. Corneille incline sensiblement vers la comédie, et il est curieux de noter que, volontiers tragique dans la comédie, il est, dans la tragédie, volontiers comique, ou tragi-comique tout au moins. Par d'autres côtés, au contraire, il fait la tragédie trop uniformément tragique; il lui prête une dignité raide que le drame grec n'avait pas connue. Chez Euripide, le rôle de la nour- rice est, pour ainsi dire, au premier plan; la nourrice, chez Sénèque, n'est plus qu'une confidente chargée de donner la réplique à Médée et de fournir un prétexte à quelques beaux traits. Élevée par Corneille à la dignité de suivante, elle achète trop chèrement cet honneur : JS'érine est une suivante de bonne com- pagnie, une soubrette tragique, qui ne fait rien, et dit juste ce qu'il faut pour empêcher le dialogue de tourner au monologue perpétuel.

Nous ne regrettons pas trop le gouverneur des enfants de Jason, l'honnête Tïaioaytoyo; ; mais les enfants eux-mêmes, ces enfants dont Euripide nous fait entendre derrière le théâtre la voix mou- rante, à peine daigne -t-on nous les faire entrevoir ici. Ils sont les seuls dont le sort puisse vraiment nous intéresser, les seuls

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