Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/183

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INTRODUCTION 9

80US sa tente; comme Achille aussi, il a l'amer plaisir de voir qu'on ne peut vaincre sans lui. Seulement, il ne se condamne pas au repos, et pendant qu'Alphonse se fait battre par les infidèles, il les bat pour son propre compte, ou les aide à se baltre entre eux.

Ce qu'il y eut d'équivoque et d'égoïste, dans l'attitude du Cid exilé, le peuple n'a pas voulu se le rappeler. Il n'a voulu savoir, ni que Rodrigue avait sollicité son retour en grâce, ni qu'il avait mis son ,épée tour à tour au service des princes chrétiens et des princes arabes, pensionné par ceux-ci, salarié par ceux-là. les protégeant et les trahissant tous un peu. On se représente volontiers le Cid debout sur son rocher inacces- sible de Teruel, d'oti il brave à la fois et la cour, qui le regrette et le craint, et la tribu des Almoravides, dont il arrête l'invasion. Mais ce sont les rois maures de Saragosse qu'il défend contre les Almoravides. Qu'importe encore! on n'en continuera pas moins de saluer en lui un disgracié superbe, un champion inlaligable de l'indépendance natio- nale.

D'ailleurs, c'est surldul par leurs dernières années que les grands hommes s'imposent au souvenir durable de la postérité. Les contradictions, les erreurs, parfois même les crimes du début, s'cti'acent dans le rayonnement de la tin. Or la fin du Cid a été grande, bien qu'on prétende qu'il soit mort dans un accès de colère, au lendemain d'un échec. Quoiqu'on fasse, le vrai Cid sera toujours le souverain de Valence, con- quise sur les musulmans par la ruse et par la force, après une famine épouvantable et un plus épouvantable massacre, con- quise pour RodriiTue lui-même, qui n'en otl'rit au roi que la suzeraineté nominale, mais arrachée enfin aux infidèles et rendue à la chrétienté. Depuis la prise de Valence jusqu'à sa mort, pendant cinq années (1094-1099), il règne en paix sur sa conquête; il semble la défendre encore après sa mort, et c'est seulement en 1102 que la vaillante Chimène sort de Valence, emportant avec elle les restes encore redoutés de son mari. Dans cette dernière période, ia plus éclatante de sa vie. le Cid a eu, dirait-on, la clan-e conscience de sa mis- sion vraie. Jusqu'alors la lutte des ambitions et des intérêt? opposés l'avait empêché de voir fort loin devant lui ; il fallait courir au plus pressé, sans dessein suivi, sans souci d'atteindre an but précis. Maître de Valeni'e, il réllécliit. La force des choses avait t'ait de lui le grand reconquéreur du sol espagnol, \q reconquistador. Mais l'œuvre était commencée à peine: ii résolut de l'achever à lui seul. Chasser les Arabes d'Espagne, tel était le projethardi qu'il conçut, que la mort l'empêcha

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