Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/185

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INTRODUCTION II

où le patriotisme n'est encore qu'un sentiment très confus. Le Cid de la légende songe avant tout à la patrie, mais sans s'oublier tout à fait. Il est moins cupide, mais non moins or- gueilleux.

Indépendant jusqu'à en être gênant parfois, très libre dans ses propos, ennemi né des courtisans et des flatteurs, le Cid de rbistoire fait sentir aux rois le poids de son altière pro- tection, dont ils comprennent la nécessité, mais qu'ils subis- sent à contre-cœur. Oa comprend presque leur ingratitude; on ne la comprend plus dès qu'il s'agit du Cid légendaire, calomnié par les barons, persécuté par les rois qu'il continue à servir dans sa disgrâce, terrible aux grands, doux aux petits, de ce parvenu sublime en qui s'incarnent à la fois, et l'amour de cette patrie qui prend lentement conscience d'elle-même, et le mépris de cette féodalité qui est impuissante à refaire la patrie. M. Philarète Chastes, qui compare l'exilé de Penafiel au Robin Hood des Anglais, dit très justement : « Ce n'est ni l'homme du trône, ni l'homme des grands ; c'est l'homme de lui-même, de l'époque et du peuple »*.

Enfin, le Cid de l'histoire est médiocrement orthodoxe; il pille les églises comme les mosquées, sans préférence. S'il traite en ennemis les Maures, ses anciens alliés, c'est pour des motifs purement humains, où la foi n'intervient pas. C'est un « démon », que redoutent les deux partis. Le Cid de la légende, comme Ogier le Danois et Renaud de Montauban, finit presque rii saint.

Ces diverses métamorphoses ont leur point de départ dans l'histoire même, niais finissent par n'avoir plus rien d'histo- rique. Comme Rodrigue devient par elles un fervent patriote et un fervent chrétien, il est naturel aussi qu'aux vertus histo- riques il joigne les vertus humaines. Voilà comme le « diable à quatre », par une progression lente, mais logique, devient « le bon Cid ».

��III

Ca légende poétique. — CHRONIQUE RIMÉ!. POÈME DU CID.

Il est fort loin encore d'être «le bon Cid « dans la Cftro- ùque riméey fragment épique assez informe, mais d'autant

1. Philarète Cbaslcs, Voyages d'un critique à travers la vie et les livre*

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