Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/211

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INTRODUCTION 31

eurerquune gloire passagère. Vous trouverez dans les Espa- gnols des sujets qui, traités dans notre goût par des mains comme les vôtres, produiront de grands elîets. Apprenez leur langue, elle est aisée; je vous offre de vous montrer ce que j'en sais, et jusqu'à ce que vous soyez en état de lire par vous-même, de vous traduire quelques endroits de Guilhem de Castro '. »

La valeur relative de ce témoignage lui vient, non de l'au- torité contestée de M. de Beauchamps, mais de celle qu'il emprunte au P. Tournemine, ancien régent de Corneille à Rouen. Même si on l'accepte sans réserve, il faut supposer que l'entretien de Corneille avec M. de Clialon est antérieur à l'Illusion comique, pièce déjà tout espagnole (1636); K faut expliquer ensuite comment Corneille passa, la même année, de Vlllusion au Cid, et faire honneur de ce brusque progrès beaucoup plus à son génie qu'à l'intervention de M. de Chalon.

W. Schlegel nous semble avoir dit sur ce point le mot juste et décisif. Cet Allemand n'est point tendre, on le sait, aux auteurs français, et particulièrement à Corneille. Il affirme qu'en France, où l'on a beaucoup imité l'Espagne, on ne se donne même pas la peine d'indiquer les sources où l'on a puisé. Corneille, il est vrai, cite souvent le texte original, sans doute parce qu'on lui a disputé le mérite de l'invention. Mais Schlegel ajoute : u Le génie de Corneille avait des traits de ressemblance avec le génie espagnol. On peut regarder ce poète comme an Espagnol élevé sur les bords de la Seine ■•^. »

C'est dans le même sens que Sainte-Beuve a écrit^ : « Dès qu'il eut mis le pied sur cette noble poésie d'Espagne, il s'y sentit à l'aise comme en une patrie. Génie loyal, plein d'hon- neur et de moralité, marchant la tête haute, il devait se prendre d'une alTection soudaine et profonde pour les héros chevaleresques de cette brave nation. » M. de Chalon n'a donc fait, au plus, qu'offrir au génie de Corneille une occa- sion qui tôt ou tard se serait offerte d'elle-même.

L'Espagne, d'ailleurs, était à la mode, au théâtre, dans les romans, à la cour : Rotrou, Scarron, la Calprenède, les Scudéry, Cyrano de Bergerac, Voilure, Saint-Amant, em- pruntaient à l'Espagne, les uns sa fantaisie picaresque, les autres ses fictions héroïques et grandioses, ou ses jeux d'ei-

1. Beaachamps, Recherches sur les théâtres de France, t II. 1. W. Scbleg;ei. Cour* de littérature dramatique, t. II. t> fftraiU littémru.

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