Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/213

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INTRODUCTION J»

rayoïxnail dans le théâtre espagnol tout entier, particulière- ment dans le théâtre de Lope de Vega : la Moza de Canlaro, la Fille à la cruche, qu'on a jouée en France, dans une « ma- tinée internationale » sous le titre de la Vengeresse, est ani- mée du même esprit. L'héroïne du drame de Lope de Vega est une fille qui venge son père souffleté, et tue l'oflfenseur.

Quoi qu'il en soit, il n'est pas téméraire de supposer qu'à cet engouement pour les choses d'Espagne le Cid dut une partie de son succès près des contemporains, malgré la guerre qui opposait l'Espagne à la France, ou peut-être à cause d'elle. En Espagne, d'ailleurs, comme en France, régnait la religion du point d'honneur. Dés le xvi^ siècle, Brantôme en avait résumé les règles, on serait tenté de dire les dogmes, dans un Discours sur les duels; mais le point d'honneur n'était point alors si délicat, et Brantôme, qui interdisait aux com- battants de porter sur eux « drogueries, sorcelleries ou malé- fices », mais leur permettait de porter « reliques de Notre- Dame de Lorette et autres choses saintes », ne craignait pas d'écrire : « Il ne faut point parler de courtoisie. Celui qui entre en champ-clos doit se proposer vaincre ou mourir, et surtout ne se rendre point, car le vainqueur dispose du vaincu tellement qu'il en veut, comme de le traîner par le camp, de le brûler, de le tenir prisonnier, ou d'en disposer comme d'un esclave... Si un père accuse son fils de quelque crime dont il puisse être déshonoré, le fils peut appeler justement le père en duel; d'autant que le père lui a fait plus de mal de le déshonorer qu'il lui a fait de bien de le mettre au monde et donner la vie. » Il est vrai que ce même Brantôme écrivait aussi : « Tout galant chevalier doit soutenir l'honneur des dames, soient qu'elles l'aient parfait, soit que non ».

Est-ce la barbarie d'un semblable code, mal déguisée sous la galanterie convenue, qui amena au xvii« siècle la réaction dont Richelieu se fit l'instrument redoutable? Est-ce encore à la fierté chevaleresque des mœurs espagnoles que les mœurs françaises sont redevables de cette délicatesse qui adoucit peu à peu la rudesse des procédés anciens? En 1613, le che- valier de Guise, célèbre spadassin, rencontre et tue le baron de Luz dans la rue Saint-Honoré, après l'avoir forcé à des- l'endre de cheval; il ne lui laissa même pas, dit-on, le temps de se mettre en défense '. De la même manière et par la même main périt le fils du baron de Luz. A la cour, dit Fon- leiiay-Mareuil, on regardait le chevalier de Guise comme un assassin, mais on le vantait comme un autre dieu Mars, et

1. Dar«*(e, Hûtoire de France. L XXVIIi.

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