Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/217

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


INTRODUCTION

sade s'organisait dans la paroisse Saint-Sulpice, où l'on avait compté naguère jusqu'à dix-sept genlilhommes tués en une semaine. Le curé de Saint-Sulpice et Vincent de Paul avaient formé le plan d'une association contre le duel que semble avoir repris le célèbre Olier. Dans cette association entraient non seulement des prélats et des docteurs de Sorbonne, mail encore et surtout des gentilshommes d'une valeur éprouvée, présidés par le marquis de Fénelon; sur l'acte qui, le jour de la Pentecôte 1651, fut déposé dans la chapelle de Saint-Sul- pice, figuraient bien des noms illustres, dont la liste alla tou- jours s'enrichissant : Fabert, Schomberg, d'Estrées, Villeroy, du Plessis-Praslin, Liancourt, Grammont adhéraient à l'en- treprise aussi bien que le comte de Drily, auteur de La beauté de la valeur et la lascheté du duel '. L'émulation gagnait bientôt l'église réformée : au sortir d'un prêche de Le Faucheur, mi- nistre de Charcnton, le maréchal de la Force jurait qu'il se refuserait désormais à tout « appel ».

Mais le préjugé fut le plus fort : en janvier 1662, on enten- dait parler encore d'un combat particulier de huit seigneurs aux portes mêmes de Paris 2, et Bossuet, du haut de la chaire, adjurait le roi de continuer à réprimer les « cruelles délica- tesses du faux point d'honneur^». Quatre ans après, le grand orateur chrétien s'écriait encore : « Est-il rien de plus injuste que de verser le sang humain pour des injures particulières, et d'ôter par un même attentat un citoyen à sa patrie, un serviteur à son roi, un enfant à l'Eglise, à Dieu une âme qu'il a rachetée de son sang? Et toutefois, depuis que les nommes ont mêlé quelque couleur de vertu à ces actions sanguinaires, l'honneur s'y est attaché d'une manière si opiniâtre que ni les analhèmes de l'Eglise, ni les lois sévères dun prince, ni sa fermeté invincible, ni la justice rigoureuse d'un Dieu vengeur, n'ont point assez de force pour venir à bout de l'en arracher *. » Il fallait que le danger fût pressant, pour qu'en 1674 Bourdaloue ait cru devoir féliciter le roi d'avoir fait revivre les anciennes ordonnances, pour qu'en 1677 l'Académie ait proposé une Ode contre les duels comme sujet du concours de poésie, où triompha La Monnoye; pour qu'enfin le roi lui-même ait été contraint de renouveler, en août 1679, ses déclarations trop oubliées de septembre 1651,

��1. Paris, 1658, in-*». Voyez Floquet, Histoire de Bossuet.

2. Gui Patin, Lettres du 20 janvier et du 29 février 1662.

3. Troisième sermon pour le vendredi saint, 1662.

4. Sermon sur l'honneur, 1666. Dans le Sermon svr lajtutice, Boasuet loue le toi d'avoir déraciné une coutume barbare-

�� �