Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/218

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14 LE CIO

Chose curieuse! L'auteur du Cid, vieilli, fut un des premiers à applaudir à l'édit nouveau, à féliciter le roi, à montrer

Par quelle inexorable et propice tendresse Il sauve des duels le sang de sa noblesse*.

��Mais la noblesse était médiocrement reconnaissante au roi de sa sollicitude; elle prétendait garder le droit de verser son sang ailleurs que sur les champs de bataille : l'un des derniers défenseurs du duel sera le comte de Boulainvilliers^.

On nous pardonnera ce trop long historique d'une question dont Pinlérêl s'est affaibli depuis, mais était alors très vivant. Tout un siècle a été en proie a cette fièvre de l'honneur, et les délicatesses étranges d'un point d'honneur souvent chimé- rique ont passionné les fils des premiers spectateurs du Cid, comme elles avaient passionné leurs pères. Le montrer, c'est mieux faire comprendre, non seulement l'intérêt actuel et contemporain qui s'attachait au drame cornélien en 1636, mais encore la popularité dont il ne cessa de jouir ensuite pendant le siècle entier. Au contraire, à mesure qu'on avance dans le xvni'^ siéle, le Cid est moins compris, nous ne disons pas dans ses parties éternelles, que les connaisseurs admirent toujours, mais dans son esprit. Elle vit encore pourtant, « cette passion générale que la nation française a pour la gloire »; il vit, cet honneur, « qui veut toujours régner », et même ce « certain je ne sais quoi qu'on appelle le point d'honneur * >). Mais la religion de l'honneur chevaleresque s'est attiédie, et dans le siècle de Voltaire les fiers accents de don Diégue trouvent moins d'écho.

��1. A Monseigneur, sur son mariage, en 1680.

J. Histoire de l'ancien gouvernement de la France. Lui-même, La Bruvèr«  voyait dans le duet •> le triomphe de la mode et l'endroit où elle a exerce m tjrannie avec le plus d'éclat.... Il s'était si profondément enraciné dans l'opi- nion des peuples et s'était si fort saisi de leur cœur et de leur esprit, qu'un des plus beaux endroits de la vie d un très grand roi, a été de les guérir de cette folie. ■> (De la Mode.) Si l'on en croit Voltaire, le fameux combat de la Férette. de quatre contre quatre, en 1663, fut ce oui détermina Louis XIV à ne plut pardonner.

I, MaBt«squiaa, Lettre* yertanet, iG.

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