Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/22

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vm BIOGRAPHIE DE CORNEILLE

dames trouvent ici quelque discours qui les blessent, je les supplie de se souvenir que j'appelle extravagant celui dont ils partent, et que, par d'autres poèmes, j'ai assez relevé leur gloire et soutenu leur pouvoir, pour elTacer les mauvaises idées que celui-ci leur pourra faire concevoir de mon esprit. » Il y a du diplomate chez Corneille, et plus encore de l'avocat. D'ailleurs, la Place Royale a le même genre d'intérêt actuel, le même cadre précis que la Galerie. C'est la meilleure, à notre sens, des comé- dies de Corneille, la moins banale de ses intrigues.

C'est aussi la dernière des comédies de la première période» Conscient de ses progrès, peut-être même déjà de son vrai génie, Corneille aborde la tragédie dans Médée (1635)*. Puis, comme s'il hésitait à rompre définitivement avec un genre qui lui était cher, dont ses contemporains avaient peine à se détacher, il revient encore à la tragi-comédie dans cette Illusion comique (1636), dont le grand, on n'ose dire l'unique mérite, est de ne précéder le Cid que de quelques mois. En mesurant la profonde distance qui sépare l'une de l'autre deux œuvres si manifestement iné- gales, on s'est demandé souvent par quelle révélation soudaine Corneille a pu s'élever si fort au-dessus de lui-même. Il n'y a là, ce nous semble, ni révélation, ni miracle. D'abord, le poète s'est exercé à la tragédie dans la comédie même, car chez lui, plus encore que chez Térence, la comédie élève souvent la voix :

Nec solis addicta jocis risuque movendo,

Semper in exiguo carminé vena jacet : Sœpius et grandes soccis iniscere colhurnos,

Et simul oppositis docta placere modis ••

Qui parle ainsi de la comédie cornélienne? C'est Corneille; il est permis d'enregistrer son aveu, et de croire qu'il était invo- lontairement tragique jusque dans la comédie. On exagère, ce nous semble, le mérite de M. de Chalon, ancien secrétaire des commandements de la reine-mère : retiré à Rouen, cet homme de goût aurait conseillé à Corneille de lire et d'imiter les auteurs espagnols. Corneille a pu profiter de son expérience; mais depuis longtemps, s'il était français par la netteté alerte du dialogue, il était espagnol par l'esprit, par l'amour des com-

1. Voir, plus loin, notre étude sur Médée.

2. Excusatio.

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