Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/236

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8â LE GID

besoin qu'on plaide ainsi les circonstances atténuantes en sa faveur? N'a-t-il pas voulu précisément donner au comte cette « ridicule ostentation » qui rendra le soufflet vraisemblable et la punition du soufflet nécessaire? Ne sent-on pas combien cruefle est l'ironie qui se cacbe sous ces paroles hautaines? Le vieux don Diègue ne peut plus donner au prince que des leçons; mais que sont les leçons auprès des « exemples vivants » que lui eût montrés don Gormas? A sa vaillante maturité il compare la vieillesse languissante de son heureux rival; il l'accable de son dédain ; il pousse la cruauté jusqu'à ui vouloir imposer une tâche qu'il le sait incapable de rem- plir. Cette hauteur d'orgueil explique la promptitude de l'offense, sans en excuser la brutalité. Elle explique aussi que don Gormas reste, jusqu'au bout, inflexible, et brave la justice royale, en seigneur féodal qui voit dans son souverain le premier de ses égaux :

Un jour seul ne perd pas un homme tel que moi.*. Tout l'État périra, s'il faut que je périsse i.

Cependant, comme il ne faut pas que le père de Chimène nous semble trop odieux, et que sa mort soit trop souhaitée, le poêle n'a pas fait un méchant homme de ce trop bouillant guerrier; il lui a prêté des regrets, tardifs sans doute et sté- riles, puisque tout se borne aux paroles, mais opportuns au moment où Rodrigue va venir. N'est-ce pas à dessein aussi que, dans la scène de la querelle, vers la fin, il a donné à la fierté, d'abord si sereine, de don Diègue, je ne sais quoi de légèrement agressif ? Poussé à bout par les insolentes bra- vades du comte, il lui jette à la face le mot sanglant qui fait éclater l'oraffe :

��Qui n'a pu l'obtenir ne le méritait pas *.

Après avoir été provoqué, il semble provoquer à son tour. Ce n'est là sans doute qu'une nuance fugitive; mais elle mé- rite d'être fixée, puisque Teflet de cette vive répartie est sr tragique. « Un homme tel que moi », dira don Gormas; mais don Diègue a déjà dit : « Un père tel que moi^! » L'orgueil

1. Cid, FI, t.

s. Cid, I, 3.

3. Voyez le ver» SU

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