Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/239

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INTRODUCTION U

effusion ; c'est ia gloire de Rodrigue qu'il aime, parce que cette gloire, qui "s'ajoute à la sienne, accroil la gloire de la -ace oiiLière. Aussi ne le ménage-l-iJ pas plus que lui-même ue s'est ménagé jadis; à peine est-il vainqueur du comte, qu'il l'envoie contre les Maures; à peine a-l-il remporté 'cette jeconde et plus éclatante victoire, qu'il accepte en son nom an nouveau duel avec don Sanche, et repousse comme un outrage le délai que lui offre la compassion débonnaire du roi. Comment douterait-il de lui? Rodrigue, c'est don Diè^-ue rajeuni. Le seul tort du vieillard peut-être, c'est d'oublier que Rodrigue n'est pas autant que lui détaché des passions humâmes, et d'employer pour consoler sa tristesse les conso- lations, un peu gauches, que le vieil Horace prodigue fort inutilement à Camille. Mais en la personne de Camille c'est la passion aveugle, oublieuse du devoir, qui est punie, tandis que la passion est glorifiée en Rodrigue et Chimène, parce qu'elle sait se taire, lorsque parle le devoir.

Là est la vraie originalité du Cid: on y peut aimer le devoir, on y peut estimer la passion; l'admiration et la sympathie se confondent. Dans Horace, elles seront séparées; on n osera suivre Camille jusqu'en ses emportements; ouest plus étonné qu ému par I héroïsme farouche du jeune Horace. Ici en même temps que l'esprit est satisfait, le cœur est remué pro- fondément; les héros ne sont pas moins grands, mais, avant d'ùlre des héros, ils sont des hommes, et ils le restent, même après que leur héroïsme s'est révélé. Horace s élève trop vite à l'héroïsme, et, quand il y est monté, il ne daigne plus en descendre. Rodrigue a la fierté des héros de Corneille et la profonde sensibilité des héros de Racine. Combien les Oreste les Britannicus, les Bajazet, les Antiochus, les Xipharès les Hippolyte semblent pâles à côté de ce héros humain, de ce jeune premier idéal! Celte figure si jeune et si virile à la fois a la haute généralité du caractère dramatique et la vie du portrait individuel. En 1636, Corneille ne pouvait songer à Condé, alors enfant; mais on dirait qu'il a voulu lui proposer d'avance un modèle à suivre en peignant cet adolescent vif et fier, ces yeux étincelanis où brille la fierté de toute une race» cette mcàle simplicité dans le récit des plus grands exploits.' '< Kodrigue, a dit un critique 2, n'est pas seulement un amant iieroique et invincible; mais l'honneur de la chevalerie espa- gnole parle, agit et respire tout entier dans le Cid. » Ce n est point assez dire : un tel caractère est aussi françaû

1. Voyez les vers 28 et 403.

S. Lemercier, Cours analytique de littérature.

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