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X BIOGRAPHIE DE CORNEILLE

néros futurs de la Fronde. Enfin, Polyeucte rajeunit les mystères et le drame chrétien n'offre pas à l'admiration des beautés moins neuves que le drame héroïque. Rien n'est donc plus complexe que la tragédie cornéhenne, même à cette époque, où l'on est tenté de se l'imaginer fixée et comme figée dans une forme immuable. Et cette complexité, loin de disparaître, ne fait que s'accroître, à mesure que se prolonge la carrière dramatique de Corneille : au Cid se rattachent Don Sanche et Nicomède, même le Menteur; à Horace et à Cinna, Sertotitcs et Othon. Seul, Polyeucte demeure dans son majestueux isolement, après l'éckec de Théodore, un demi-siècle avant le succès contesté à'Athalie.

Mais ce n'est point le lieu de noter les progrès ou les défail- lances du génie de Corneille. Son génie, tout le monde le connaît ou croit le connaître; son caractère, on le juge trop d'après son génie. Il n'est donc pas sans intérêt, au moment où le génie parvient à son apogée, d'étudier les transformations du caractère, «t de se demander :

Quelle fut l'attitude du poète, dans son triomphe même en face des puissants;

Quel il fut dans sa vie privée;

Quelle place il avait conquis dans cette société mondaine, à la fois sérieuse et frivole, dont l'influence sur la première moitié du xvii' siècle est universellement reconnue.

On peut juger de façon diverse le rôle du cardinal dans la ■querelle du Cid; mais on ne peut différer que sur le degré d'hos- tilité qu'il manifesta '. D'ordinaire, on l'excuse, soit par des motifs ' de haute politique et de patriotisme, qui voilent un peu trop la réelle jalousie du poète trop vite éclipsé, soit par la défiance légitime que devait inspirer à ce dominateur la fierté un peu raide du jeune victorieux. La vérité, c'est que celui-ci n'abusa jamais de sa victoire; c'est qu'à la guerre sourde qu'on lui faisait au Palais-Cardinal, il se garda toujours de répondre par une guerre ouverte. Là où il devinait des ennemis, il affecta toujours de ne voir que des alliés; impitoyable pour les valets, il n'effleura même pas le maître. Au plus fort de la mêlée, en 1637, c'est à M""" de Combalel, nièce de Richelieu, qu'il dédiait le Cid; quatre ans après, en 1641, il dédiait Horace à Richelieu lui-même. Pou-

1. Selon Vigneul-Marville, le parterre avait sifflé l'Europe de Richelieu et ■de Desmarels, et avait demandé le Cid. Inde ii'X.

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