Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/251

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INTRODUCTION T7

■on amour, Roméo répond avec une douceur qui semble à ses amis de la lâcheté. Lui-même il sent qu'il n'est plus le Roméo belliqueux d'autrefois : « ma douce Juliette, ta beauté m'a efféminé ; elle a amolli la trempe d'acier de ma valeur. » Ce n'est pas l'amour de Chimène qui jamais amollirait Rodrigue, tar en cet amour même il puise son héroïsme. Sa force et sa grandeur lui viennent de sa passion.

Il serait puéril de manifester une préférence entre deux crames si opposés par l'esprit; mais il est permis d'en mar- quer les différences. Le drame de Shakspeare est admirable dans sa logique inflexible : au premier incident s'v rattachent, par un enchaînement rigoureux, tous les incidents successifs qui préparent le dénouement tragique. Ce que le poèLe y met surtout en lumière, ce sont les faiblesses de la nature hu- mame. Moins fataliste, on serait tenté de dire plus spiritualiste et plus chrétien, Corneille se plaît à nous montrer la volonté humaine dominant la fatalité des choses.

Cet heureux équilibre entre l'héroïsme et la passion, on ne le rencontre guère que dansleCid. « Corneille s'étaitlaissé aller dans le Cid à peindre avec un entraînement véritable les en- traînements de la passion ; mais, quand il eut vu si sévère- ment condamner l'amour de Chimène, effrayé sans doute de ce qu'il pourrait trouver dans les faiblesses du cœur, il n'en voulut plus voir que la force ; il chercha dans l'homme ce qui résiste, non ce qui cède, et ne connut ainsi que la moitié de 1 homme. Et comme l'admiration est le sentiment qu'inspire surtout la résistance héroïque, l'admiration devint le ressort favori du génie et du théâtre de Corneille ' ». On verra les fâcheux effets de cette vue étroite dans Horace, où l'héroïsme du jeune Horace n'est pas moins absolu que la passion de Camille ; on les verra surtout dans les pièces qui suivront les chefs-d'œuvre, et où l'équilibre sera trop souvent rompu entre la grâce et la force, entre la sympathie et ladmiralion.

V

LB THIOUPHE DD Cil».

« Depuis quinze jours, écrivait Chapelain, le 22 ian- ner i6"^7 \ le public a été diverti du Cid et des deux Sosies

1. Guizot, Corrieille et son temps, sl'iel^**^ ^ **■ *** ^*" '*°^** P'«ci»*raent aux goint de Rotiwi, l'a«t«ar d« 

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